IT François de Rugy: quid des prix du carburant?

François de Rugy, ministre de la Transition écologique : « La solidarité, mon obsession »

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La semaine sera agitée. Le ministre de la Transition écologique le sait. Alors, François de Rugy défend ses mesures. Entretien.

C’est une réalité désormais, la hausse des carburants provoque la colère des Français. Comment comptez-vous la calmer ?

Nous entendons ce mécontentement. Et il est compréhensible. Tout le monde préférerait, en effet, que les prix n’augmentent pas trop. La taxe carbone, que nous avons décidé d’augmenter, n’est de loin pas la principale responsable de la hausse du prix des carburants. Elle est surtout due aux conséquences de la brusque hausse des prix du pétrole sur les marchés mondiaux. Le véritable enjeu, c’est d’anticiper pour ne plus subir ces augmentations, et donc de permettre aux Français de se libérer progressivement du pétrole qui impacte le pouvoir d’achat et le climat !

Les Français attendent autre chose que des discours…

C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place des mesures de fond et concrètes pour les aider à se libérer du tout pétrole, aussi bien pour les transports que pour le chauffage. C’est notamment le cas de la prime à la conversion qui permet d’acheter des voitures moins polluantes, qui consomment moins et coûtent donc moins cher à l’usage. Demain, le développement des voitures électriques ou hybrides permettra de ne plus dépendre des variations des prix du pétrole. En parallèle, nous accompagnons les plus modestes : après une expérimentation en 2017, nous avons généralisé le chèque énergie que nous avons élargi aux ménages qui se chauffent au fioul.

Oui, mais dans l’immédiat ?

Nous travaillons avec les groupes pétroliers pour que les baisses constatées ces dernières semaines sur les marchés mondiaux du pétrole soient répercutées à la pompe. Nous avons ainsi obtenu du groupe Total une baisse de 3 centimes sur les prix des carburants. Nous travaillons par ailleurs au renforcement de certaines mesures afin d’aider ceux qui subissent le plus durement la hausse des prix.

Comment appréhendez-vous les appels au blocage du 17 novembre ?

Il faut être à l’écoute, répondre aux inquiétudes. Mais quand j’entends que certains appels à manifester sont placés sous le mot d’ordre “Stop Macron”, je me dis qu’on est quand même assez loin des préoccupations liées à la hausse des carburants. Et que dire du texte du groupe des députés de la France Insoumise dans lequel tout est bon pour taper sur le président de la République ? On croit rêver pour quelqu’un (Jean-Luc Mélenchon, NDLR) qui se faisait le héros de la révolution écologique il y a encore 18 mois. Si nous avions arrêté la réforme de la SNCF en raison des mouvements sociaux ou des menaces de blocage, que n’aurait-on pas dit.

Globalement, le gouvernement n’a-t-il pas perdu la bataille du pouvoir d’achat ?

Tous les gouvernements sont confrontés à cette question. À la différence de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron, quand il était candidat, n’a pas fait de grandes promesses sur le pouvoir d’achat. Pour autant, outre ses engagements sur la revalorisation du travail, des mesures en faveur du pouvoir d’achat ont été votées et sont mises en œuvre progressivement. C’est le cas pour la taxe d’habitation avec une première baisse de 30 % cette année pour 80 % des ménages. Les baisses de cotisation ont permis une augmentation du salaire net. À la fin, c’est plus de pouvoir d’achat pour les salariés !

Pour les Français, c’est déjà tranché…

Non, c’est à la fin du mandat que l’on fera le bilan. Engager la transition écologique, cela suppose d’abord de faire des efforts. Les bénéfices viennent ensuite rapidement. Cette année, par exemple, 250 000 automobilistes ont pu changer de voiture grâce aux aides de l’État et ainsi alléger leur facture. Plus de 70 % des bénéficiaires sont des ménages non imposables. Nous avons par ailleurs étendu la prime de conversion aux voitures d’occasion.

Vous ne pouvez pas nier que ce sera un marqueur négatif du quinquennat ?

Dans la durée non. S’il est vrai qu’en début d’année, un certain nombre de mesures ont pu se traduire par une stagnation, voire une légère baisse du pouvoir d’achat, on commence en revanche à enregistrer des améliorations en cette fin d’année.

Vous ne cessez de dire que cette hausse des carburants est écologique. En quoi l’est-elle vraiment ?

Pendant des années, dans le cadre de la lutte contre le dérèglement climatique, le mot d’ordre était de donner un prix au carbone. Derrière cette phrase, générale et consensuelle, il y avait évidemment la taxe carbone. Beaucoup de gens disaient que nous n’allions pas assez vite, pas assez loin, pas assez fort.

Ça a pris des années, reconnaissons-le…

Le premier projet de taxe carbone a été présenté au Parlement alors que Nicolas Sarkozy était président de la République. Je l’ai voté avant qu’il ne soit retoqué par le Conseil constitutionnel. En 2013, François Hollande a proposé cette taxe pour financer en partie le CICE. Et en 2015, au moment du sommet mondial sur le climat, Ségolène Royal a accepté un amendement de parlementaires qui prévoyait une trajectoire d’augmentation de cette taxe. Vous savez, j’ai de la mémoire. Quand on met en œuvre les engagements pris, certains responsables politiques oublient qu’ils l’ont défendu et voté. Ils ont des trous de mémoire. Face aux Français, quand il y a des difficultés, il faut assumer ses choix.

Assumer, c’est un peu le nouveau mot d’ordre…

On ne fera rien en termes d’écologie si nous n’agissons pas avec constance dans le temps. On ne peut pas demander aux Français de changer de comportement, d’investir dans de nouvelles voitures ou des modes de chauffage plus vertueux si la politique change tous les ans. La fiscalité est un des leviers du changement de comportement en matière de transition énergétique. C’est rationnel même si, sur le moment, c’est difficile à accepter. Comme tous les Français, je regarde les prix des carburants avant de rentrer dans une station-service. La moindre hausse est immédiatement ressentie. Les baisses, comme celle de 3 centimes, ne sont pas toujours perçues comme un gain. Quant à la hausse de la fiscalité sur le diesel, je rappelle aussi que chaque année en France, 48 000 décès prématurés sont liés à la pollution de l’air par les particules fines. C’est un coût humain considérable pour la société.

Ségolène Royal, à votre poste il y a un an, parle de malhonnêteté du gouvernement. Que lui répondez-vous ?

Je la renvoie à ses engagements et ses décisions lorsqu’elle était ministre. Je suis d’autant plus à l’aise pour le dire que j’ai voté la loi sur la transition énergétique qu’elle a proposée en 2015. Je me suis même battu pour qu’elle soit adoptée, comme je me suis battu pour l’accord de Paris sur le climat. Il faut donc la mettre en œuvre et tenir dans le temps. C’est ce que je fais. Je trouverais plus crédible qu’elle continue à expliquer pourquoi elle l’a fait en 2015. Le climat s’est-il amélioré depuis ? Non. C’est même l’inverse. Le changement écologique c’est ici et maintenant.

Vis-à-vis des plus modestes, les mesures dites environnementales sont pénalisantes. Des exceptions ne sont-elles pas envisageables ?

Je suis ministre de la Transition écologique et solidaire. Cet enjeu de la solidarité est, pour moi, important. C’est mon obsession. Les mesures que nous avons prises constituent des efforts particuliers pour les ménages non imposables ou les plus modestes. Le chèque énergie est, à cet égard, un bon exemple. Le principe avait été voté en 2015. Nous l’avons généralisé cette année. Nous avons décidé de l’élargir au fioul. Certains nous ont critiqués, estimant que ce n’était pas écologique. Mais c’est un effort de solidarité. En 2019, nous allons l’augmenter de 50 €. Il va passer à 200 € en moyenne pour 3,6 millions de personnes.

Avec une telle mesure, Nicolas Hulot serait finalement resté au gouvernement ?

Ce qui est sûr, c’est que la hausse de la taxe carbone a été votée alors que Nicolas Hulot était ministre. J’ai trouvé que c’était un engagement fort. J’imagine qu’il a dû batailler pour obtenir cette décision. Pour le reste, c’est à lui de répondre.

OLIVIER BISCAYE ET SERGE BARDY

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