Greenpeace poursuit son exploration pour bloquer Total

Coup dur pour Total : Greenpeace prouve que le Récif de l’Amazone s’étend jusqu’à l’intérieur de ses blocs pétroliers
Toutes les photos de l’expédition sur le Récif de l’Amazone sont accessibles en suivant ce lien.
Etat de l’Amapá, Brésil, le 17/04/2018
Dans le cadre de l’expédition de Greenpeace menée au large du Brésil sur le Récif de l’Amazone, l’équipe de scientifiques vient de faire une découverte majeure : la présence d’une formation récifale -composée de rhodolithes- à l’endroit même où Total envisage de forer des puits d’exploration pétrolière [1]. Les éléments recueillis par les scientifiques prouvent l’existence d’une formation récifale dans cette zone, à plus de 180 mètres de profondeur, à 120 km au large de la côte nord du Brésil. Le géant pétrolier affirmait pourtant dans un document remis aux autorités brésiliennes en février que la formation récifale la plus proche de ses concessions se trouvait à 8 km. C’est un élément-clé de l’argumentaire de Total qui tombe.

«Le Récif de l’Amazone se trouve dans les concessions de Total, c’est maintenant une certitude. Cette information invalide la totalité du dossier remis par Total aux autorités brésiliennes. La question est de savoir comment le pétrolier a pu négliger une telle information ! Il s’agit soit d’une preuve d’incompétence soit d’une omission volontaire. Dans les deux cas, le gouvernement brésilien n’a désormais d’autre choix que de refuser d’accorder à la compagnie pétrolière française les autorisations de forage », déclare Edina Ifticene, chargée de campagne Océans pour Greenpeace France, actuellement à bord de l’Esperanza.

« Le Récif de l’Amazone commence à peine à nous livrer ses secrets, et à chaque plongée nous découvrons de nouveaux éléments. Les informations que nous avons recueillies jusqu’ici indiquent que toute activité de forage pétrolier dans le secteur pourrait sérieusement nuire à cet écosystème fascinant », prévient Fabiano Thompson, océanographe et professeur à l’université fédérale de Rio de Janeiro, qui lui aussi participe à l’expédition de l’Esperanza.

 

Les rhodolithes sont des algues calcaires qui constituent des habitats pour les poissons et autres créatures typiques des récifs. Leur présence confirme que le Récif de l’Amazone s’étend bien plus loin que ce que les scientifiques pensaient au départ, comme le confirme cette publication de la revue scientifique Frontiers in Marine Science. Dans cet article, qui s’appuie  sur les toutes premières images du récif réalisées en janvier 2017 au cours de la première expédition de Greenpeace dans la région, les scientifiques déclarent que le Récif de l’Amazone s’étend sur 56 000 km2, soit près de six fois la taille estimée au départ. Cet article indique également que le récif pourrait être un corridor de biodiversité marine qui relie l’océan Atlantique Sud aux Caraïbes et qui se caractérise par un chevauchement de la faune des deux régions, et donc par une grande diversité d’espèces [2].

Après avoir essuyé un premier rejet l’an dernier, Total a présenté aux autorités brésiliennes une nouvelle demande d’exploration pétrolière dans le Récif de l’Amazone. Les activités de forage pourraient débuter en janvier 2019. Près de 2 millions de personnes à travers le monde ont déjà demandé à la compagnie pétrolière de renoncer à ses projets. Une marée noire dans la région aurait des effets dévastateurs non seulement sur un écosystème que la science vient à peine de commencer à étudier, mais aussi sur les communautés côtières dont les ressources dépendent de la bonne santé de l’océan. La décision des autorités brésiliennes est attendue dans les prochaines semaines.

Notes
[1] Pour consulter les photos de l’expédition 2018 et de la formation récifale, vous pouvez suivre ce lien : https://media.greenpeace.org/collection/27MZIFJXOI985

[2] Dans l’article, les scientifiques confirment la présence dans le récif d’espèces de poissons typiques des Caraïbes, telle que la demoiselle bleue des Caraïbes (Chromis cyanea). L’espèce de corail scléractiniaire la plus abondante est le corail à dix rayons (Madracis decactis), une espèce que l’on trouve habituellement du golfe du Mexique jusqu’au sud du Brésil.

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