Analyse Ouest France du débat entre Attal et Bardella

Économie, immigration, écologie… Notre analyse du « match » entre Gabriel Attal et Jordan Bardella

Ils souhaitaient, tous deux, un débat « respectueux et de haute tenue ». Leurs bonnes intentions se sont très vite dissipées. Entre Gabriel Attal et Jordan Bardella, jeudi soir 23 mai, les échanges sont rapidement devenus inaudibles, entre longs monologues, paroles coupées et invectives. Le Premier ministre et le président du Rassemblement national n’ont pas la même vision de l’Europe. Cela s’est entendu, mais on le savait déjà.

Entre Gabriel Attal et Jordan Bardella, jeudi soir, les échanges sont rapidement devenus inaudibles, entre longs monologues, paroles coupées et invectives.
Entre Gabriel Attal et Jordan Bardella, jeudi soir, les échanges sont rapidement devenus inaudibles, entre longs monologues, paroles coupées et invectives. | AFP

Costume bleu et cravate sombre pour l’un. Costume bleu et cravate sombre pour l’autre. Le même dress code pour un débat qui s’annonçait majeur ; la même ambition chez l’un et l’autre – demeurer à Matignon et y accéder au plus vite – ; le même constat – ce scrutin européen du 9 juin est crucial pour l’avenir de la France et de l’Europe – mais pas du tout la même vision de la construction européenne.

Une surprise ? Non évidemment. Le duel entre Gabriel Attal et Jordan Bardella, jeudi 23 mai sur France 2, s’est vite transformé en bataille de tranchées, invectives et paroles coupées. Utile pour la politique et les Français ? Pas certain. Cet échange d’une heure vingt a, toutefois, démontré les insuffisances économiques du candidat RN.

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Économie : Attal 1, Bardella 0

Pas mal de lacunes, pourrait noter un professeur d’économie sur la copie du jeune Bardella. Gabriel Attal a souvent poussé le candidat RN dans ses retranchements. Ce qui l’a déstabilisé à plusieurs reprises, l’obligeant à éluder certaines questions pour éviter d’y répondre et à monopoliser la parole pour ne pas montrer ses failles.

Jordan Bardella, c’est dans son programme pour ce rendez-vous du 9 juin, défend la préférence nationale dans l’accès des entreprises aux marchés publics : priorité en France aux PME tricolores. Un argument connu au sein du parti de Marine Le Pen… mais qui a ses limites.Pensez-vous que les questions environnementales sont suffisamment abordées par les candidats aux élections européennes ?

« Si vous appliquez la priorité nationale, d’autres pays européens pourraient décider d’adopter la même stratégie chez eux. Et que se passera-t-il pour des fleurons de l’industrie française, lauréats de contrats à l’étranger ? Eh bien, ils perdront ces marchés et seront mis en difficulté », rétorque Gabriel Attal… « 80 % de nos PME exportent dans un pays européen. »

Transition écologique : 2-0

Gabriel Attal et Jordan Bardella en conviennent : le combat contre le réchauffement climatique, c’est celui de leur génération. Mais tous deux n’empruntent pas vraiment le même chemin pour le mener. Gabriel Attal préconise un plan d’investissement massif : mille milliards d’euros d’ici à 2030. « Nous devons prendre nos responsabilités. »

Des ambitions que Jordan Bardella juge « irréalistes ». Le président du Rassemblement national entend renoncer « à l’objectif d’interdire les véhicules thermiques en 2035 ». Un argument qui se respecte, sauf qu’il manque de précision. « 2035 n’est pas la fin de la voiture thermique, mais la fin de la vente des véhicules neufs à moteur thermique », l’informe Gabriel Attal, rappelant que les véhicules d’occasion pourront continuer à rouler dans les endroits autorisés.

Le candidat RN s’est, ensuite, emmêlé les pinceaux sur le nucléaire, affirmant que Marine Le Pen a toujours défendu cette source d’énergie. Ce qui est factuellement faux. En 2017, la candidate à la présidentielle alertait sur une « énergie nucléaire dangereuse. »

Enfin, Jordan Bardella a montré ses failles en électricité, affirmant que son opposition à la réforme du marché européen de l’électricité, adoptée en avril dernier, est justifiée : pour preuve, les factures d’électricité des Français n’ont pas baissé. « C’est normal, cette réforme n’entre en vigueur qu’à partir du 1er janvier 2026. Vous devriez le savoir, vous êtes député européen », lui oppose Gabriel Attal.

« C’est une fierté pour moi de ne pas être d’accord avec Jordan Bardella sur ce sujet de l’immigration. » | AFP «
Agriculture : match nul

Sans surprise, Jordan Bardella défend encore ici « le patriotisme économique »,milite pour la fin du Pacte vert « et ses ambitions irréalistes, mettant en difficulté bien des agriculteurs » et réclame la suppression des accords internationaux de libre-échange. « Ils mettent en péril des filières agricoles françaises. Je vous rappelle quand même que votre politique, votre modèle ont poussé des milliers d’agriculteurs à descendre dans les rues en début d’année ! »

Gabriel Attal défend, lui, la Politique agricole commune : « C’est entre 20 000 et 40 000 € par exploitation. » Quant aux accords de libre-échange, le Ceta en particulier entre le Canada et l’Union européenne, le Premier ministre rappelle qu’il a permis « de tripler notre excédent agricole avec le Canada. » Cet accord n’a, toutefois, pas encore été ratifié par le Parlement français.

Immigration : match nul

Aucune surprise ici : les arguments de chacun des deux débatteurs sont connus.« C’est une fierté pour moi de ne pas être d’accord avec vous sur ce sujet, lance Gabriel Attal à Jordan Bardella. Pour vous, derrière chaque migrant, il y a un délinquant, un terroriste en puissance. » Le Premier ministre concède, toutefois, que l’immigration clandestine « est un problème ».

« C’est l’inverse, rétorque le président du Rassemblement national. Je pense que quasiment toute la délinquance et la criminalité sont liées à notre incapacité à maîtriser nos flux migratoires. » Jordan Bardella promeut « la fermeté et la dissuasion. Je milite pour la double frontière : le refoulement systématique des bateaux de migrants arrivant dans l’espace européen et une libre circulation dans l’espace Schengen ré servée aux seuls ressortissants européens. Je ne veux pas qu’un titre de séjour donne un droit à circuler dans tous les pays de l’Union européenne. Dès notre élection en 2027, nous organiserons un référendum sur l’immigration. »

Gabriel Attal émet quelques doutes sur ce concept de double frontière qu’il juge « infaisable. Comment faites-vous pour contrôler tout le monde aux frontières terrestres ? Le Pacte européen sur la migration et l’asile, voté récemment par le Parlement européen, est bien plus efficace que votre proposition de double frontière », assure Gabriel Attal. Ce pacte vise à renforcer la lutte contre l’immigration illégale et à accélérer la reconduction des personnes en situation irrégulière. Il prévoit aussi une nouvelle procédure de filtrage aux frontières, afin d’accélérer le traitement des demandes d’asile pour les personnes peu susceptibles de l’obtenir. Il veut également rendre les États membres plus solidaires les uns des autres pour éviter la concentration des demandeurs d’asile dans certains d’entre eux (source :touteleurope.eu)

« Je pense que quasiment toute la délinquance et la criminalité sont liées à notre incapacité à maîtriser nos flux migratoires. » | PARLEMENT EUROPÉEN
La Russie : avantage à Gabriel Attal

Pas de surprise, non plus, sur ce sujet. Les arguments sont connus. Gabriel Attal accuse le Rassemblement national d’avoir des liens avec la Russie. « Votre parti avait besoin d’argent. Il est allé en chercher là-bas. La Russie, elle, avait besoin d’un parti pour affaiblir l’Europe. Vous êtes tenu par un contrat moral avec le Kremlin. »

Jordan Bardella a tenté de noyer le sujet en rappelant qu’Emmanuel Macron a reçu Vladimir Poutine au Fort de Brégançon (en août 2019) et que la France est « le premier pays européen importateur de gaz russe ». Deux arguments que le leader du RN ressort à chaque débat… tout en reconnaissant une certaine « naïveté vis-à-vis de Poutine ». Un aveu de faiblesse. Le desservira-t-il dans les urnes ? Réponse le 9 juin au soir.

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