Senat: restitution des restes humains kâli’nas et Arawak conservés au MNHN

La proposition de loi relative au déclassement de restes humains kali’nas et à leur remise à la collectivité de Guyane à des fins funéraires, déposée par Catherine Morin-Desailly, Max Brisson et Pierre Ouzoulias vise à permettre le déclassement des restes humains kali’nas et arawaks conservés dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), afin qu’ils puissent être rendus à la Guyane pour y recevoir une sépulture digne. La commission de la culture, de l’éducation, de la communication et du sport a examiné ce texte le 13 mai et a réécrit l’article unique pour inclure les 8 moulages de parties de corps conservés au MNHN, en plus des restes osseux.

Elle propose également que la sortie des collections publiques intervienne à compter de leur entrée sur le territoire de la commune d’Iracoubo, où se dérouleront les opérations funéraires.

Kali’nas et Arawak avaient été déplacés en France pour des expositions . Ces manifestations prétendaient associer le divertissement et la science par l’exposition de groupes humains extraeuropéens, conduits sur le territoire métropolitain pour y être exhibés et étudiés en tant que représentants d’une humanité jugée « primitive », « exotique » ou « sauvage ». Une quarantaine d’expositions et de spectacles ethnographiques ont été organisés en France entre 1877 et 1931, principalement au jardin zoologique d’acclimatation, mais aussi au Champ de Mars et dans plusieurs villes de province. Environ 30 000 personnes en ont été victimes en France et en Europe.
L’exposition de 1892 constituait la troisième dont ont été victimes les populations kali’nas. Elle a concerné 33 Kali’nas et Arawaks, recrutés par l’explorateur François Laveau sur la promesse d’une nouvelle vie, et conduits à Saint-Nazaire puis à Paris depuis Paramaribo. Huit personnes n’ont pas survécu à leur séjour à Paris, en raison notamment de leurs conditions d’hébergement, qui les ont exposés au froid de la fin de l’hiver européen. Cinq ans après leur inhumation dans les cimetières de Levallois-Perret et de Neuilly, les restes de cinq d’entre elles ont été exhumés pour être intégrés aux collections anthropologiques du muséum national d’histoire naturelle (MNHN) ; ceux d’un sixième défunt ont été donnés par l’hôpital Beaujon. Ces circonstances conduisent à s’interroger sur les modalités de la constitution de ces collections et la conception du corps humain qui la sous-tend.
La demande de l’association vise à l’organisation de leurs funérailles, selon le rite
coutumier, dans la commune d’Iracoubo, où un mémorial en hommage aux 47 Kali’nas et Arawaks victimes d’exhibition en métropole a été inauguré le 11 août 2024. Cette demande suppose la sortie préalable des restes des défunts des collections du MNHN.

  1. Les précédentes lois d’espèce répondaient à des demandes d’États étrangers
    Les lois d’espèce précédemment adoptées ont concerné des restitutions à des
    États étrangers ; c’est notamment le cas de la restitution à l’Afrique du Sud de la dépouille de Saartjie Baartman, dite « Vénus hottentote », par la loi n° 2002-323 du 6 mars 2002.
    La restitution au clan Kawa de Nouvelle-Calédonie des crânes du grand chef kanak Ataï et de son sorcier Andja n’est par ailleurs pas comparable, dans la mesure où ces restes humains relevaient d’une collection privée.
    Le législateur est donc appelé à prévoir, pour la première fois, la sortie des collections publiques de restes humains originaires d’un territoire ultramarin.