dégradation de l’environnement par Marc André Selosse à RFI

Marc-André Selosse: «La dégradation de l’environnement a déjà effacé vingt points de PIB à l’échelle mondiale»
9 juillet 2026 – RFI

En janvier, les services de renseignement britanniques MI5 et MI6 publiaient un rapport alarmant sur l’effondrement des écosystèmes mondiaux comme l’Amazonie, les forêts boréales, les mangroves, le bassin du Congo… Un rapport que le gouvernement de Keir Starmer avait d’abord refusé de publier, jugé « trop négatif ». Est-ce que ça vous surprend ? Marc-André Selosse : Pas vraiment. Nous pouvons fustiger les politiques pour une incurie qui commence à être inquiétante, mais ils ont une excuse : ils sont formés dans des écoles politiques, sociologiques, commerciales, où l’on croit que le vivant n’existe pas. Ils n’ont pas croisé de biologiste depuis des lustres. Mais surtout, ils reflètent leur époque. C’est une indifférence générale, systémique. Les politiques ne font que nous renvoyer notre propre image. Pourtant, le coût de l’inaction est déjà très élevé… Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la Cour des comptes française, en septembre dernier : chaque euro investi dans la transition écologique en économise trois à terme. Si nous ne faisons rien, c’est 11,2 points de PIB de moins en France d’ici 2050. Et des économistes américains viennent de montrer que la dégradation de l’environnement depuis les années 1980 a déjà effacé vingt points de PIB à l’échelle mondiale. Vingt points que personne n’a vus disparaître ! C’est une histoire de fric, c’est tout. Par exemple dans le Centre-Est de la France, en Bourgogne, les producteurs de cassis doivent désormais élever eux-mêmes des osmies, des insectes pollinisateurs, parce que les populations d’insectes sauvages ont chuté de 98% en quarante ans dans cette région.