Restitution des restes humains des Amérindiens exhibés dans les zoos humains : le plan de leur maison funéraire en Guyane validé

L’association Moliko Alet+Po a validé ce 9 septembre les plans du carbet qui servira de dernière demeure aux sept personnes amérindiennes exhibées dans des zoos humains en 1892. Les ossements et moulages de ces Kali’nas et Arawaks, conservés depuis le 19e siècle au Musée de l’Homme à Paris, seront restitués à leurs communautés début décembre 2026 à Iracoubo.Par Ludmïa Lewis

Sur cette maquette, se trouve (à droite) la future maison funéraire, à Iracoubo. Elle a été présentée ce 9 septembre lors d'un COPIL sur la restitution des restes humains. · ©Ludmïa Lewis
Sur cette maquette, se trouve (à droite) la future maison funéraire, à Iracoubo. Elle a été présentée ce 9 septembre lors d’un COPIL sur la restitution des restes humains. · ©Ludmïa Lewis

« Le 3 [décembre], nous aurons notre maison funéraire« . C’est avec ces mots de Corinne Toka-Devilliers, présidente de l’association Moliko Alet+po, qu’a débuté le troisième et dernier comité de pilotage sur la restitution des restes humains kali’nas et arawaks en Guyane ce matin du 9 septembre.

« Nous avons officialisé la maquette et le projet fini »

Dans une salle de réunion de la DJCS (Direction de la Jeunesse des Sports et de la Cohésion Sociale de Guyane) à Cayenne, des chefs coutumiers et des représentants des communautés Kali’nas et Arawaks ont pu choisir les détails de cette bâtisse qui accueillera leurs ancêtres, jusqu’au carrelage ou encore les escaliers, en passant par le nombre de poteaux.

Des échantillons de carrelage présentés à Corinne Toka-Devilliers · ©Ludmïa Lewis
Des échantillons de carrelage présentés à Corinne Toka-Devilliers · ©Ludmïa Lewis

Ce mercredi, la maquette de ce carbet où reposeront les âmes de Pékapé, Couani, Emo-Marita, Mibipi, Makéré, Miacapo et Malé a donc été validée. Ils seront à Iracoubo.

« On va arriver au 3 décembre avec le projet tout réalisé, mis en œuvre et prêt à recevoir nos ancêtres comme il se doit. Aujourd’hui, nous avons officialisé la maquette et le projet fini… qui sera en construction dans les plus brefs délais, d’ici mi-octobre. »Corinne Toka Devilliers, présidente de l’association Moliko Alet+po

Le projet a été présenté par les architectes de la société IDP Guyane · ©Ludmïa Lewis
Le projet a été présenté par les architectes de la société IDP Guyane · ©Ludmïa Lewis

Pour avoir cet aval, les architectes ont dû se plier aux coutumes de ces deux communautés amérindiennes. « Il fallait se mettre dans l’axe des statues des Pi’pis, mais aussi que les cercueils soient orientés vers l’est – ouest, sachant que les défunts doivent aussi avoir le regard vers l’Est« , explique Sandrine Bigourg, responsable d’agence au sein d’IDP Guyane.

Trois artistes Kali’nas et Arawak mobilisés

Mais il faudra encore attendre après la fin du chantier. La touche finale sera apportée par trois artistes, dont Mawalum, Amandine Galima de son vrai nom. Elle est spécialisée dans les symboles traditionnels kali’nas, « on les utilise beaucoup dans les levées de deuils, quand on dessine sur les corps et c’est principalement ce que je compte utiliser pour dessiner sur le mur« , explique l’artiste peintre muraliste.

Mawalum, artiste kali'na · ©Ludmïa Lewis
Mawalum, artiste kali’na · ©Ludmïa Lewis

« C’est un honneur de rendre hommage à nos ancêtres. Je veux représenter au mieux leurs cultures, ce qu’ils ont dû abandonner pendant ces centaines d’années et dire « ça y est, vous êtes revenus chez vous ». »

Les artistes indiquent où seront placés leurs sculptures lors du COPIL du 9 septembre · ©Ludmïa Lewis
Les artistes indiquent où seront placés leurs sculptures lors du COPIL du 9 septembre · ©Ludmïa Lewis

Les deux autres artistes feront des sculptures, à l’instar de Garvin Jubithana. « Il s’agira d’un totem jaguar, qui représente la population arawak, ce sera magnifique« , affirme le sculpteur. Cet animal représente la force, le courage « et c’est le prince de la forêt », estime-t-il.

Garvin Jubithana, artiste arawak · ©Ludmïa Lewis
Garvin Jubithana, artiste arawak · ©Ludmïa Lewis

C’est lui qui est à l’origine du fameux chaman sur le giratoire Califourchon à Matoury. Il devra aussi réaliser des fresques à l’intérieur de la maison funéraire, qui représenteront le deuil. Sa participation a un tel événement est un grand honneur, dit-il.

Une dernière demande particulière

Les ossements et moulages arriveront en Guyane lors d’une cérémonie qui s’écoulera sur trois jours : les 3, 4 et 5 décembre. Pour cet événement historique, Corinne Toka-Devilliers souhaite qu’ils soient acheminés par l’avion présidentiel. Une demande va être formulée en ce sens.

La prochaine réunion autour de l’organisation de cette cérémonie portera sur le volet sécurité. Une visite de chantier sera aussi organisée d’ici là.

La construction de la maison funéraire (de 60 m2) est entièrement financée par l’État pour un budget de 161 000 euros.