France Europe Analyses: Canicules : les réseaux électriques européens à l’épreuve de la « nouvelle normalité »

Les canicules de l’été 2026 ont placé le système électrique européen sous forte tension. Recul de la production nucléaire et hydroélectrique, hausse de la climatisation et multiplication des échanges transfrontaliers : face aux dérèglements climatiques, la flexibilité devient une ressource stratégique échangée à l’échelle du continent.
« Ce qui était autrefois exceptionnel commence à devenir récurrent. » Ce constat de Rodrigo Garcia, directeur des opérations d’Optimize Energy, résume les difficultés rencontrées par les systèmes électriques européens pendant l’été.
La France et l’Espagne ont joué un rôle essentiel pour équilibrer le marché. Clément Bouilloux, expert chez Montel EnAppSys, estime que l’Europe occidentale est devenue dépendante de leurs exportations : leur interruption aurait sur les prix un effet comparable à la fermeture du détroit d’Ormuz sur le marché du gaz.
En France, les prix au comptant ont presque doublé sur un an pendant les journées les plus chaudes, atteignant en moyenne 106,69 euros/MWh entre le 15 juin et le 24 août. Les exportations nettes se sont élevées à 10,5 GW en moyenne entre la mi-juin et la mi-août, contre 11,1 GW un an auparavant.
Nucléaire, batteries et réseaux sous pression
Les fortes températures et le faible débit des rivières ont entraîné l’arrêt temporaire d’une partie du parc nucléaire français. Jusqu’à 20 % des capacités auraient été indisponibles en raison des règles limitant les rejets d’eau chaude lorsque les cours d’eau deviennent trop chauds ou insuffisants.
EDF engage un programme d’adaptation climatique de 9 milliards d’euros, comprenant la modernisation des systèmes de refroidissement et le déplacement de certaines maintenances estivales vers des périodes de moindre demande.
La capacité française de batteries, estimée à 1,6 GW, reste toutefois « loin d’être suffisante » pour remplacer les centrales à gaz ou atténuer durablement les écarts de prix. La hausse de la consommation des centres de données pourrait, en outre, entraîner davantage de production au gaz, réduire les exportations et accroître les prix.
Les infrastructures de transport doivent également évoluer : RTE estime que 37 % des lignes aériennes nécessitent une modernisation pour supporter des températures plus élevées et l’augmentation des flux électriques.
L’Espagne mobilise la demande
Le système espagnol a été conçu pour fonctionner sous des températures de 35 à 40 °C. Il offre ainsi un modèle d’adaptation au reste de l’Europe, sans être pour autant à l’abri.
« La principale leçon est de concevoir un système électrique capable de faire face à la chaleur, à la sécheresse et à la rareté de l’eau », souligne Rodrigo Garcia. Au plus fort de l’été, Red Eléctrica a activé à quatre reprises un mécanisme de réponse à la demande. De grands consommateurs ont temporairement réduit leur consommation, contre rémunération, afin de préserver l’équilibre du réseau.
Le solaire soutient l’Italie
En Italie, la durée des périodes de forte consommation liées à la climatisation a révélé des fragilités croissantes des réseaux urbains.
En juillet, la production hydroélectrique a reculé de 14,9 % et l’éolien de 20,3 %. Le solaire a, en revanche, progressé de 20,6 % et la production thermique, principalement au gaz, de 14,1 %. Les importations ont couvert 15,6 % de la demande.
La flexibilité circule entre les pays
L’Europe du Sud-Est a également subi des températures supérieures à 40 °C. La faiblesse du débit du Danube et la chaleur de son eau ont réduit la production hydroélectrique et entraîné des limitations pouvant atteindre 50 % dans certaines centrales nucléaires.
La Bulgarie, grâce à un parc de batteries annoncé à 6 GW, a stocké les excédents bon marché pour les restituer lors des pointes du soir. Les exportations solaires et éoliennes grecques ont également contribué à atténuer les déséquilibres régionaux.
Pour l’analyste Konstantinos Pappas, la conclusion s’impose : « La flexibilité est devenue une marchandise échangée à l’international. » L’été 2026 a éprouvé les limites de production et de transport, mais aussi démontré l’utilité d’un système européen fortement interconnecté.
