Présidentielles: une prise de position du maire de Montpellier
Michaël Delafosse soutiendra Raphaël Glucksmann lors de la primaire de la gauche.
La Tribune du Dimanche/ Gabriel BOUYS/AFP
Figure de la gauche modérée, l’élu d’Occitanie appelle son favori à s’appuyer sur les « socialistes qui savent gouverner ».
L’élection présidentielle de 2027 sera décisive pour notre pays, la France : l’extrême droite menace d’accéder à la présidence de la République. Les stratégies de normalisation du discours ne changent pas la nature profondément antirépublicaine du projet, celle d’affaiblir ce qui fait notre communauté nationale. Femmes et hommes de gauche viscéralement attachés à la République, nous la combattons résolument.
La possibilité d’un duel au second tour avec Jean-Luc Mélenchon aurait assurément pour conséquence de voir triompher l’extrême droite. Ce dernier a ancré chez la majorité des Français un sentiment d’aversion par ses excès et sa stratégie du bruit et de la fureur. Qui a parlé politique cet été a pu mesurer combien il n’aurait pas la capacité de rassembler pour battre Marine Le Pen ; sa qualification au second tour devenant même la principale chance de victoire du RN.
Cette réalité est le résultat de manquements sur des questions qui fondent l’identité de notre pays : combat résolu contre l’antisémitisme, la laïcité, l’essentialisation tournant le dos à l’universalisme républicain.
Derrière la progression de l’extrême droite, il y a des colères qu’il faut regarder en face : le sentiment de déclassement, la difficulté à se loger, le recul de certains services publics, le sentiment de ne plus être entendu. Une gauche qui ne répondrait pas à ces préoccupations laisserait à l’extrême droite le soin de les exploiter.
Une primaire payante pour financer la campagne de l’élu
Je refuse cette fatalité. Non par optimisme de circonstance, mais parce qu’il existe dans le pays une aspiration à une autre voie. Elle est encore diffuse, parfois contradictoire, mais elle est réelle. Elle cherche une gauche qui ne renonce ni à la transformation sociale ni à la responsabilité, une gauche qui ne confonde pas l’internationalisme avec l’effacement des nations, qui défend l’Europe et qui considère la République comme le cadre commun de notre émancipation.
Les interrogations qui fondent la droite et la gauche n’ont pas disparu malgré la stratégie du chaos politique à l’œuvre depuis dix ans. Elles sont même devenues plus aiguës. Où placer le curseur entre l’individu et le collectif ? Quelle place accorder à l’État dans une société traversée par les inégalités et les crises ? Comment concilier la liberté économique avec la nécessité de corriger les déséquilibres qu’elle produit ?
La gauche doit offrir un chemin. En octobre, se tiendra la primaire de la gauche, où chacun pourra prendre en main le choix stratégique et voter pour un candidat. La participation de 15 euros financera la campagne du gagnant, loin des emprunts russes ou des influences de Bolloré. C’est un coût, mais c’est celui d’une forme de liberté.
Avec cette initiative, le PS offre, en fidélité à la tradition de la gauche, un espace démocratique où la voix de chacun compte. Des leaders portent des propositions stimulantes, comme Philippe Brun, Olivier Faure, Jérôme Guedj, Ségolène Royal et Karim Bouamrane. François Hollande est une voix essentielle. En tant que dernier président de la République socialiste, son expérience est précieuse et sa parole utile.
Glucksmann, le meilleur espoir de la gauche ?
L’engagement d’Emmanuel Maurel et le soutien à Raphaël Glucksmann du leader de l’écologie politique Yannick Jadot préfigurent une coalition arc-en-ciel rassemblant des sensibilités de la gauche. Elle peut contribuer à la création d’une fédération des gauches. Assurément, pour l’emporter, nous devons rassembler. J’appelle chacune et chacun à se mobiliser pour donner de la force au combat pour la présidentielle.
Dans cette primaire, mon choix est clair : Raphaël Glucksmann est le mieux placé pour incarner l’espoir de gauche. Arrivé en tête de la gauche aux élections européennes, sa maîtrise des questions internationales est indispensable pour soutenir l’Ukraine face à Poutine et la solution à deux États au Proche Orient, tout comme son engagement résolu pour les droits de l’Homme. Nous attendons d’un Président une stature qui permet d’être à la hauteur de la patrie des droits de l’Homme et de dialoguer avec le monde.
La jeunesse alerte depuis longtemps sur la question du climat, il nous faut lui répondre. L’été caniculaire et incendiaire démontre le caractère d’urgence à agir. Porté par Raphaël Glucksmann, le chemin de sortie de la dépendance de notre pays aux énergies fossiles est un choix majeur pour la France, notamment pour être un pays souverain sur le plan énergétique.
L’échec du ruissellement est patent sur le plan économique autant qu’il est violent sur le plan social. Dans notre pays, les inégalités ont fortement augmenté et ceux qui travaillent peinent à vivre de leur revenu. Le cap doit être celui de la justice sociale en acceptant une rétribution plus juste des richesses produites, en agissant en faveur des salaires et en défendant la valeur du travail.
Nos services publics doivent autant être défendus que nous avons l’exigence qu’ils soient plus efficaces : la santé, l’éducation, la sécurité. Les droits des femmes doivent être protégés sur le modèle de ce que les socialistes espagnols ont fait.
La parole de Raphaël Glucksmann est claire et sincère. Elle est une chance pour la gauche, qui a besoin d’une incarnation, qui doit pouvoir s’appuyer sur la force des socialistes qui savent gouverner, de figures de la gauche et de l’écologie, et de forces citoyennes.
L’élection présidentielle est un moment politique très puissant dans notre pays : il rassemble autour de débats sur l’avenir de la France. La gauche doit pouvoir sédimenter des idées en travaillant pour le projet, comme elle l’a toujours fait.
Nul défenseur du progrès social ne saurait sérieusement déserter ou paralyser le débat au motif qu’aucun candidat ne rassemble suffisamment ou qu’il est imparfait. C’est ainsi être fidèle à l’histoire du socialisme que de tout faire pour déjouer le scénario funeste que l’on nous annonce : j’y prendrai ma part avec une très grande détermination.
Michaël Delafosse, maire (PS) et président de Montpellier Méditerranée Métropole
