« CAT NAT: pourra t on encore s’assurer? » 1/2

Le laboratoire d’idées « montpellier 20/50 » organisait salle Rabelais à Montpellier un colloque sur l’assurabilité de demain face aux nouveaux risques liés au réchauffement climatique. La veille, suite au premier évenement cévenol de la saison, renommé méditerranéen (MEDICANE) , comme tout le département de l’Hérault la métropole vivait sa première vigilance rouge, avec alerte dès le matin du 30 septembre, fermeture des lieux publics et des écoles, arrêt des transports et conseils de confinement. Un gros souci d’organisation mais des interventions qui prenaient tout leur sens. Grâce à cette première synthèse effectuée en direct par le propesctiviste Denis Lacroix nous pouvons rendre compte de cette journée. Un complément sonore est attendu.

`Introduction : Jean-Luc Wolf (Labo d’idées Montpellier 20.50) : bienvenue pour cette conférence, maintenue de justesse en raison des crues d’hier. Nous sommes aux premières loges du changement climatique entre la canicule de cet été et cet épisode cévenol. Il est donc légitime de poser la question centrale des assurances en lien avec les bouleversements en cours, et à venir.

PREMIERE PARTIE : LE SYSTEME ASSURANTIELTable ronde 1 : Un monde en plein bouleversement

Arthur Jeannin (AXA région Occitanie) Le modèle français d’assurance face aux catas naturelles

Chaine Assurés –> Assureurs –> CCR (réassurance) –> Etat. Force du modèle : mutualisation Hors CatNat : grêle, cyclone en métropole, tempête… 3e bras armé : fonds Barnier pour la prévention : 1 euro investi = 3-11 € de sinistralité potentielle 99% de communes ont utilisé CatNat pour un total de 61 Milliards, depuis 1982, soit 2 Milliards/an ; La projection est de 4 Milliards en 2050 mais avec un scénario à 2°C ! L’idée-clef : sans prévention, on sera toujours dans le rattrapage ! Causes principales : 49% en inondation, 41% en retrait gonflement d’argile (en hausse) Redressement des comptes en 2025 ; marge 2025 +50 Millions ; or les mégafeux de cet été : 500 Millions. On est loin d’une marge solide de sécurité.

Rapport Langreney : 37 mesures pour passer à une trajectoire de +4°C et sa recommandation principale : faire de la prévention de masse.L’Asie est en avance en adaptation sur le changement climatique (CC) car on a l’expérience des moussons, des cyclones…Le modèle français reste solide, équitable et résilient sous réserve d’investir dans la prévention car la sinistralité augmente, les enjeux sont plus concentrés, les retraits-gonflements d’argile augmentent. Mots d’ordre : prévenir, observer, planifier, financer. Et aller vers un fond européen de réassurance car tous les pays européens vont connaitre des menaces similaires.

Yves Tramblay (IRD / Hydrologie) : Evolution des aléas hydro-climatiques en contexte de CC

En 25 ans, le GIEC a été peu à peu mieux entendu, notamment par les assureurs. Certains scientifiques sont agacés de voir que ce qui se passe actuellement avait été décrit depuis des décennies…Mais il faut tenir compte des résistances des lobbys. Pourtant, cela coûte moins cher de s’adapter que de payer les réparations sans changer. En France, il pleut plus, mais sans plus de crues, avec plus de catastrophes en raison d’une exposition croissante aux risques (plus d’habitats en zone vulnérable). Dans les rapports successifs du GIEC, on a beaucoup gagné en précision, surtout en pluies extrêmes et sécheresses ; on est moins bon en projections sur les crues car il existe de nombreuses variables.

Le CC (au-dessus de 2°C) va vers plus d’eau dans l’atmosphère et des contrastes plus marqués entre périodes de pluies et sécheresse. Il existe une étude sur la France à +4°C . Peu de gens se rendent compte que cela risque d’être dramatique. De fait, cela signifie un passage à 120 jours de nuits caniculaires, 80 jours de risques de feux de forêt, +15% d’intensité des pluies, moins 2 mois d’enneigement dans les montagnes. On aura le climat de Rome à Lyon, de Montpellier à Paris et de Séville à Montpellier.

Débat :Ne faut-il pas changer de modèle pour aller massivement vers de la prévention plutôt que vers la réparation ? R : L’assurance existera toujours car personne ne peut se passer de la mutualisation. Il faut une impulsion vers le changement pour tous les territoires. Il y a 20 ans, les communes s’assuraient au plus bas prix. Maintenant, elles planifient : le Lavandou a gelé tous les permis de construire pour 20 ans afin d’y voir clair sur la sécurité des zones d’habitation. Les choses bougent mais encore un peu lentement par rapport aux enjeux. A Breda, les retraités sont invités à quitter leur ville pour se reloger dans les hauteurs. En Charente maritime, on va protéger certaines zones par des digues, mais pas toute la région. 

Camille Fabre (ADEME)

Les 4 priorités de l’Ademe (EPIC sous 3 tutelles ministérielles ; Budget : 800 Mo €/an). Objectifs : Travailler à Décarbonation, Déchets, Economie circulaire, Adaptation. Prévention et assurance entrent donc dans nos programmes de recherche et de valorisation.Le constat actuel sur le CC ne contribue pas à réduire notre éco-anxiété. Il faut agir dans les territoires pour s’adapter : L’Ademe propose des travaux en 3 temps : diagnostic, stratégie, accompagnement.

L’enjeu central : l’habitabilité sur le long terme.

Nous avons une mission Adaptation avec un guichet unique regroupant tous les services pertinents de l’Etat : Cerema, agences de l’eau, OFB….Il faut ajouter Gestion des risques à Atténuation et Adaptation. Bien sûr, cela ne va pas assez vite, mais il existe des succès : travail avec 70 industriels (cimentiers par ex.) pour décarboner (65 Millions d’aide publique). Résultat : réduction entre 5 et 7% par an des GES en Occitanie. On mobilise aussi des financements de « France 2030 » pour mieux gérer et prévenir les retraits et gonflements d’argile (RGA).

Débat : l’enjeu est important car, en parallèle du constat, les fonds verts diminuent de 2 à 1 milliard de dotation. Il va falloir se réveiller, élus, citoyens et pouvoirs publics. Mais les sujets d’écologie sont moins abordés aujourd’hui, pour des raisons électorales. R : Il n’y a pas que le pouvoir d’achat dans les enjeux électoraux ; les médias ont un rôle à jouer pour réintroduire les enjeux écologiques dans les grands choix démocratiques à faire.

Les fonds des assureurs ne pourraient-ils être mieux orientés vers des placements plus verts ? R : Certainement, notamment vers des fonds dits « green » ou « ESG » ; on évite le pétrole et l’armement. L’important est d’assurer une cohérence globale de long terme avec plus d’efforts vers la transition. Ce sont des enjeux de gouvernance et de changement, nécessaire, de modèles de comportement. Mais il faut pouvoir inciter, fortement, les citoyens à changer d’habitudes de consommation. Les économistes ont des idées sur les formes efficaces d’incitation. On pourrait ainsi imaginer un label « Assureur durable » lié à la manière de placer les capitaux.