« CAT NAT: pourra t on encore s’assurer? » 1° octobre 2/2

Le laboratoire d’idées « montpellier 20/50 » organisait salle Rabelais à Montpellier un colloque sur l’assurabilité de demain face aux nouveaux risques liés au réchauffement climatique. La veille, suite au premier évenement cévenol de la saison, renommé méditerranéen (MEDICANE) , comme tout le département de l’Hérault la métropole vivait sa première vigilance rouge, avec alerte dès le matin du 30 septembre, fermeture des lieux publics et des écoles, arrêt des transports et conseils de confinement. Un gros souci d’organisation mais des interventions qui prenaient tout leur sens. Grâce à cette première synthèse effectuée en direct par le propesctiviste Denis Lacroix nous pouvons rendre compte de cette journée. Un complément sonore est attendu.

DEUXIEME PARTIE : REPENSER LE SYSTEME

Table ronde 3 : Le droit, pas suffisant mais incontournable

Jean-Pierre Baylac (responsable incendies de forêt de la Préfecture de l’Aude)Les feux de cet été : on s’y attendait, mais pas à cette vitesse ni à cette échelle. On est passé de quelques milliers hectares détruits à 11.000 ha et de quelques maisons perdues à 40. J’ai observé deux changements : (1) la nécessité de privilégier d’abord la sécurité des personnes en raison de l’urgence, et (2) mieux travailler en coopération avec tous les services. Le paysage a changé dans l’Aude notamment avec la perte de surfaces agricoles et de forts déficits de pluies depuis 5 ans. Or la vigne est une protection naturelle contre l’incendie ; sa disparition accroit les risque de propagation de feux.

Le retour d’expérience : 

  • Le déficit d’infrastructures collectives pénalisant l’action des secours
  • Une forte vulnérabilité individuelle (peu de respect des obligation légales de débroussaillement par ex. Bâti mal adapté, urbanisme mal pensé, stock de combustible proche du bâti…).)
  • Une acculturation insuffisante au risque d’incendie

Il faut donc travailler à réduire toutes ces sources de vulnérabilité. Il apparaît de nombreuses pistes d’amélioration avec un volet répressif, nécessaire pour être efficace

Il faut accompagner les mairies pour organiser les mesures pertinentes, de manière méthodique. Les forêts sont pour moitié privées et pour moitié domaniales publiques, ce qui complique les applications des mesures nécessaires. On peut aider jusqu’au choix d’espèces plus résistantes au feu, bien que le pin d’Alep (qui ne vient pas de Syrie) soit déjà bien adapté à la sécheresse de la région, depuis la dernière glaciation. Il n’est pas justifié de changer d’espèce si l’on veut conserver les mêmes services.

Hélène Bras (avocate au barreau de Montpellier ; professeure de droit du littoral à l’univ. de Montpellier). Il faut replacer le droit dans son contexte historique ; toute société organisée a besoin de normes, celles-ci évoluant avec le temps. Il existe en France un droit à l’environnement depuis les années 2000. Il intègre le droit pénal, le droit public, le droit de l’urbanisme. Peut-on planter des pistachiers pour remplacer des pins ? Oui  mais… En effet, la réponse est complexe. Le droit n’est qu’un instrument qui suit les évolutions de la société et essaye parfois d’anticiper. Exemple de l’immeuble Le signal (1960 ; Commune de Soulac ; 33) abandonné en raison du recul du littoral, ou la catastrophe de la Faute-sur-mer (43 morts suite à la submersion de nuit d’un lotissement situé dans une zone non constructible). Il faut donc anticiper, en calculant les coûts des options et les niveaux de mutualisation. Finalement, c’est la communauté de communes qui a indemnisé les propriétaires. Le droit n’est pas intangible ; il change dans la mesure ou l’environnement change. La loi Climat-Résilience acte le fait qu’on ne résiste plus contre le climat mais qu’on compose avec lui. Il faudrait aussi prendre en compte l’anxiété croissante des propriétaires, la multiplicité des parties (privés, entreprises, mairie, Etat, associations…), et l’enchevêtrement des systèmes de droit. Il apparaît aussi la notion de « la faute de la victime » qui achète un bien en sachant qu’il sera vulnérable dans quelques décennies. Les maires sont parfois sensibles aux pressions humaines au nom du développement de la commune. Le droit reste un domaine de l’humain avec souvent des situations compliquées en raison aussi des nombreux textes et plans de prévention qui se sont accumulés. Il faut enfin mentionner la mise en place des zones de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) afin d’éviter la perte des terres agricoles. L’idée est louable mais pas toujours facile à mettre en œuvre. 

Débat :La France est la reine pour faire des lois mais peine à les faire appliquer. R : Le problème est qu’il faut d’abord prendre les décrets d’application, ce qui prend du temps. Ensuite, il faut aller sur le terrain et faire face à un grand nombre de cas particuliers y compris des habitats illégaux ou dépassant les limites indiquées dans le permis de construire. C’est le propriétaire de l’enjeu (une maison par ex.) qui doit réduire le risque face à un aléa (le feu par ex.).

Table ronde 4 : Ce dont il faut se méfier, les fausses « bonnes idées », la « mal adaptation »

Denis Lacroix (Ancien responsable de la prospective à l’Ifremer ; consultant et enseignant)

En quoi la Méditerranée est-elle un modèle réduit des problèmes mondiaux ? Cette mer, qui représente 1% de l’océan, rassemble 450 millions de personnes autour de 46.000 km de côtes et capte 30% du tourisme mondial. La région est à l’interface du Nord et du Sud ; elle souffre de la plupart des maux du monde : hausse de la température, stress hydrique, canicules, pollution, artificialisation des côtes, érosion de la biodiversité, montée de la mer subsidence des deltas… C’est donc un bon champ d’étude et d’expérimentations. Ainsi, l’Egypte (120 millions d’habitants + 1 million / 9 mois) qui subissait la salinisation des rizières dans les zones côtières basses, a transformé ces bassins en élevages d’aquaculture et est passé de 100.000 t. de productions aquatiques à 1,6 million de t. Cet exemple montre comment passer d’une contrainte à une opportunité. Plus globalement, l’approche prospective permet de transformer une anxiété en un moteur pour l’action  avec deux justifications : (1) « être pessimiste ? Ce n’est pas utile » (Churchill) ; (2) Anticiper permet de réduire les crises et les coûts.

En retro-prospective, quels choix aura-t-on dû faire pour éviter les impasses actuelles ? 

Il y a 20 ans, les rapports du GIEC étaient déjà clairs : il faut décarboner l’économie ; c’est urgent aujourd’hui. Seconde priorité : Changer de grille de lecture géopolitique : la compétition des nations pour les terres et les ressources est dépassée dans un monde où la durabilité ne pourra être acquise que par la sobriété, la coopération et la recherche du bien commun ;

TROISIEME PARTIE : DROITS et DEVOIRS

Table ronde 5 : Une nécessaire révolution culturelle

Patrice Lallement (club de la presse Occitanie ; rôle des médias) Il faut en finir avec la communication performative (qui remplacerait l’action). « Notre maison brûle » disait le président Chirac sur du Sommet de la Terre à Johannesburg, en 1992 ; mais il s’est passé bien peu de choses depuis 25 ans. Il n’y a pas de « crise climatique » car ce n’est pas une « crise » mais une tendance lourde. Les journalistes et les médias ont des responsabilités élevées notamment dans le choix des experts invités. On n’oppose pas un climatologue (connaissance scientifique) et un climatosceptique (opinion personnelle). Car « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » Les 3 A : Acceptation, Adaptation, Atténuation. Le dernier A n’est pas le moindre.: En cas de crise, il ne faut pas cesser de communiquer, et ne pas manquer le temps de Retex.

Thomas Dubiez rôle des élus (responsable de la sécurité civile pour la ville de Montpellier) rappelle l’importance de la chaine de l’information jusqu’à la mobilisation sur le terrain. Un jumeau numérique sera très utile pour la simulation des crues par exemple. Le modèle développé pour la ville d’Angers peut être utile. Le problème vient de l’urgence. Il faut faire des choix de stratégie urbaine et décider les niveaux d’alerte. L’alerte rouge du mercredi matin à Montpellier était un choix raisonnable car il restait des incertitudes d’ampleur des effets mais pas d’incertitude sur le niveau de risque. Il existe environ 30 dispositifs de sécurité, dont la réserve citoyenne. La question des sites est importante en cas de déluge : bidonvilles, personnes précaires. Les forces de police seront plus utiles en aide aux personnes qu’en contrôle de contrevenants en sortie dangereuse. Aujourd’hui, on sait que Montpellier est un territoire à risques et qu’il existe un vrai intérêt pour l’amélioration de la gouvernance des situations de crise. La collectivité est un « écosystème apprenant » face à des risques croissants. Il y aura bientôt une structure de gestion de crise à vocation pédagogique permanente. Les plans de type GEMAPI ou PAPI sont tous améliorables grâce aux Retex. Une trentaine d’actions nouvelles ont été repérées et vont nourrir des procédures de gestion de crise. Il faudra dialoguer avec les assureurs pour voir les actions à mener avant et pendant les crises à venir.

DébatLa meilleure défense n’est-elle pas le confinement ?  R : Oui mais il n’y a pas de culture du risque en France, comme au Japon. C’est un sujet d’envergure nationale. A Montpellier, on travaille encore à l’échelle très locale sans développer des liens avec les autres dispositifs ailleurs. Par ailleurs, comment gère-t-on le court terme et le long terme ? R : Cela dépend de la posture de la collectivité. On sait faire des plans de sécurité et les plans publics peuvent inspirer les plans d’entreprise. Concernant les digues, les dimensionnements des ouvrages sont vérifiés régulièrement. L’assurabilité actuelle est devenu un sujet d’interrogation en raison de l’ampleur croissante des catastrophes : inondations, sécheresses, RGA… Mais il faudra probablement travailler sur l’adéquation entre niveau d’assurance et magnitude des catastrophes actuelles, et à venir. 

Sébastien COTE, conseiller municipal de Montpellier, rappelle l’importance de « raconter une histoire ». Montpellier est une ville à risques. Nous voulons rester attractifs mais en connaissance de cause.Montpellier : 320.000 habitants. Par an, 25.000 personnes arrivent ; 20.000 partent ; 20.000 déménagent dans MPL. On a donc 45.000 « arrivants ». En 2019 ont eu lieu les premières grandes marches sur le climat. Le maire fait une conférence de presse chaque année sur le risque. Il faut donc s’y préparer. Cela passe par l’information. Il faut aussi adapter la ville, notamment par la dés-imperméabilisation, de végétalisation, de ZAN, de des couloirs de fraîcheur (mall, aquaduc…), de climatisation des services des urgences… On est dans les scénarios pessimistes du GIEC. Il ne pas sombrer non plus dans la sinistrose. F. Gemenne explique bien que « la baignoire de CO2 » stocké dans l’atmosphère ne va pas être vide dès qu’on aura fermé le robinet (des GES). Il faut agir ici et maintenant. Gratuité des transports, développement du vélo, restriction des voies d’accès pour les voitures… On doit aller probablement vers plus de coercition : confinement chez soi en alerte rouge, interdiction de promenade en forêt en période de canicule.