Sans renouvelables, pas d’intelligence artificielle souveraine en France
ByTecsol18 Mai 20260151FacebookXPinterestWhatsApp

Par André Joffre, président de TECSOL, vice-président du syndicat Enerplan
L’intelligence artificielle ne sera pas seulement une affaire de modèles, de talents et de capitaux : elle sera aussi une bataille électrique. Si la France veut rester dans la course et bâtir une IA souveraine, elle devra disposer rapidement de nouvelles capacités bas carbone. À court terme, seules les énergies renouvelables, associées au stockage, peuvent répondre à cette urgence industrielle.
L’intelligence artificielle est souvent présentée comme une bataille de talents, de capitaux, de semi-conducteurs et de modèles. C’est exact. Mais un élément central reste trop peu présent dans le débat public : l’électricité. Sans électrons disponibles, compétitifs et bas carbone, il n’y aura pas d’intelligence artificielle française à l’échelle mondiale.
L’audition d’Arthur Mensch, cofondateur de Mistral AI, le 12 mai à l’Assemblée nationale, a eu le mérite de formuler clairement cette nouvelle équation industrielle. L’intelligence artificielle générative consiste désormais à « transformer des électrons en tokens ». Derrière cette formule se cache une réalité très concrète : les centres de données, les clusters de calcul et l’entraînement des modèles auront besoin de puissances électriques considérables.
Selon les ordres de grandeur évoqués par Arthur Mensch, la France aura besoin d’environ 40 GW de capacités électriques supplémentaires d’ici cinq ans pour rester dans la course mondiale à l’IA. Or, à cet horizon, le « nouveau nucléaire » ne pourra pas être la réponse. Les premiers réacteurs de nouvelle génération ne sont pas attendus avant la fin de la prochaine décennie.
Pour répondre rapidement aux besoins des centres de données, la France devra donc s’appuyer sur les seules filières déployables dans ces délais : solaire, éolien, stockage et pilotage de la demande. Quelques moyens thermiques flexibles pourront sécuriser le système, mais ils ne sauraient constituer le socle d’une stratégie de souveraineté numérique bas carbone.
La question est de savoir comment éviter que la France ne rate le train de l’intelligence artificielle faute d’avoir construit assez vite les infrastructures électriques nécessaires. Dans cette perspective, les renouvelables ne sont plus seulement un outil de transition énergétique : elles deviennent une condition de souveraineté numérique.
L’enjeu est d’autant plus stratégique que la France dispose d’un avantage rare : une électricité déjà très largement décarbonée. Produire des tokens en France plutôt que dans des régions alimentées par du charbon ou du gaz permettrait de réduire l’empreinte climatique de l’IA. Celle-ci aura de toute façon lieu. La vraie question est de savoir où elle sera produite, avec quelle électricité, et au bénéfice de quelles chaînes de valeur.
La révision de la PPE3, prévue en 2027, doit intégrer cette nouvelle donne. Les besoins électriques liés à l’intelligence artificielle et aux centres de données n’étaient pas au cœur de sa première version. Ils doivent désormais devenir un paramètre structurant de la stratégie énergétique française. La trajectoire solaire actuelle apparaît très inférieure aux volumes qu’impliquerait une montée rapide des besoins liés à l’IA.
Il faut donc changer d’échelle : simplifier les procédures, libérer les projets solaires sur les toitures, les parkings et les centrales au sol, développer l’agrivoltaïsme pour contribuer à l’adaptation de notre agriculture au changement climatique, accélérer l’éolien terrestre et en mer, et enfin massifier le stockage.
La bataille de l’intelligence artificielle ne se jouera pas seulement dans les laboratoires, les levées de fonds ou les lignes de code. Elle se jouera aussi dans les parcs solaires et éoliens, les batteries, les postes de raccordement et le renforcement des réseaux. Sans renouvelables, pas d’intelligence artificielle souveraine en France.
