Les cinq crises qui risquent de bouleverser la campagne présidentielle. Pascal Canfin

Député européen, coordinateur Reneweurope de la Commission de l’environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire Renaissance_EU, rapporteur permanent sur les relations commerciales entre l’UE et la Chine7 octobre 2026

Depuis plusieurs semaines, le sentiment que la France est menacée par le déclenchement d’une crise majeure est monté de plusieurs crans. Cinq crises potentielles pèsent sur notre pays. La probabilité qu’aucune d’entre elles ne se produise avant l’élection du printemps prochain est, à mes yeux, plus faible qu’au moins l’une d’entre elle ne se déclenche. Ce qui ne manquera pas de bouleverser les scénarios de la campagne présidentielle.

La première crise est celle des prix des énergies fossiles. La guerre en Iran et la déstabilisation régionale qu’elle engendre, tout comme les conséquences durables de la guerre que mène la Russie en Ukraine, exercent une pression massive sur le pouvoir d’achat des Français. Les prix des carburants battent des records et personne ne connaît les prochaines étapes : arrêt des exportations de diesel en provenance des États-Unis comme le menace le président Trump ? Poursuite des blocages sur les différentes routes d’approvisionnement dans le Golfe persique ? Nouvelles attaques russes et ukrainiennes contre leurs infrastructures énergétiques ? Augmentation importante cet hiver du prix du gaz en raison de stockage trop faible aujourd’hui notamment en Allemagne ? Les canaux de transmission sont nombreux.

La deuxième crise est celle de la dette publique française. Les taux auxquels la France emprunte battent eux aussi des records et l’écart entre le taux allemand, le plus sûr d’Europe, et le taux français est bien supérieur à ce qu’il a été depuis près de 15 ans. Cela s’explique par quatre facteurs clés cumulés : la France est le seul pays d’Europe à avoir peu de croissance, un déficit qui ne baisse plus, un niveau déjà élevé de dette et une instabilité politique présente et future radicale. Dans ces conditions, la prime de risque ne peut qu’augmenter, faisant peser une pression supplémentaire sur nos finances publiques et créant le risque d’un effet boule de neige.

La troisième crise est également d’ordre financier et peut venir des États-Unis via l’explosion de la bulle IA et la tension que l’augmentation des taux américains fait peser sur le reste du monde. Personne n’a de boule de cristal, mais les signaux d’une possible crise financière américaine sont perceptibles et la dernière, celle de 2008-2009, a montré qu’elle entraineraît des conséquences majeures pour nous, même si nous n’en sommes pas à l’origine, tout comme la crise énergétique.

La quatrième crise est purement sécuritaire : la guerre que la Russie mène en Europe prend des formes de plus en plus ouvertes. Les responsables militaires nous préviennent depuis des années, le président de la République l’a rappelé à tous les chefs de partis récemment et la multiplication des évènements qui ressemblent de plus en plus à des attaques directes est une réalité dans de nombreux pays européens.

Enfin, la cinquième crise est climatique. Les conséquences du bouleversement du climat sont là et bien là. Les canaux de transmission de cette crise sont multiples. Pour n’en prendre qu’un, regardons l’agriculture. La situation de nombreuses filières et de nombreux territoires est catastrophique après l’été et le mois de septembre sans pluie que nous avons connus. Il n’est pas du tout impossible que les agriculteurs se mobilisent de nouveau pendant la période hivernale lorsqu’ils ne seront plus dans les champs.

Or, le déclenchement de l’une de ces crises aura des répercussions sur l’ensemble. Prenons trois scénarios possibles, parmi bien d’autres. L’aggravation des conséquences sociales de la crise des énergies fossiles ou la mobilisation des agriculteurs pourrait pousser le gouvernement à sortir le carnet de chèques. Ce qui conduirait les marchés financiers à faire encore augmenter la prime de risque et mettrait la France réellement au bord de la crise financière. Ou, à l’inverse, la pression pour répondre aux attentes des marchés conduirait à des politiques sociales restrictives qui mobiliseront dans la rue, à l’instar des mobilisations lycéennes des derniers jours, augmentant l’instabilité politique… et donc la pression des marchés. Sur un autre front, l’explosion de la bulle IA aurait nécessairement des conséquences sur notre croissance, déjà presque nulle, amenant probablement la France en récession avant la présidentielle, générant une pression partout en Europe pour des politiques publiques de relance, ce qui impliquerait d’en trouver les ressources financières, et mettrait la question de la politique de la BCE sur le devant de la scène, changeant ainsi totalement les termes du débat budgétaire.

La conclusion politique de cette analyse est simple : il est bien plus probable que la campagne présidentielle ne se passe pas du tout comme prévu aujourd’hui que le contraire. Et chaque semaine qui passe semble nous rapprocher d’un de ces points de rupture.