Doit-on s’inquiéter du virus Nipah, transmis par les chauves-souris et qui refait surface en Inde ? (Le Figaro)

Par Barbara Lefebvre

Quel est ce virus qui sévit en Inde et est considéré comme à haut risque par l'OMS ?

Dans l’État du Bengale-Occidental, une centaine de personnes ont été placées en quarantaine, et la Thaïlande a annoncé resserrer sa surveillance aux frontières. Considéré comme agent pathogène à haut risque par l’OMS, doit-on craindre son apparition un jour en France ?

C’est une situation sanitaire qui provoque de vives inquiétudes en Inde. À la mi-janvier, dans l’État du Bengale-Occidental, à l’est du pays, cinq cas de contamination au virus Nipah ont été confirmés. Afin de contenir l’épidémie, toutes les personnes ayant été en contact avec ces malades ont été placées en quarantaine. Une centaine au total, d’après les informations rapportées par le quotidien britannique The Independent.  À titre préventif, la Thaïlande a annoncé resserrer ses mesures de surveillance aux frontières, bien qu’aucun cas n’ait été signalé dans le pays.

Ce virus de classe 4, que l’on a vu émerger en 2001 dans le sous-continent indien (Inde et Bangladesh), transmis notamment par les chauves-souris, inquiète par sa létalité et la banalité des premiers symptômes – semblables à ceux d’une grippe – avec une rapidité d’évolution notable. En 2018 déjà, les chaînes nationales indiennes s’étaient emparées du sujet, provoquant une certaine panique au sein de la population. En Europe toutefois, aucun cas humain n’a jamais été identifié à ce jour. Il n’existe pas de vaccin, ni de traitement contre le virus Nipah, considéré par l’OMS comme un agent pathogène à haut risque. Son taux de mortalité élevé en fait un sujet de préoccupation important : entre 40 et 75%, selon les pics de contamination, les facteurs de surveillance épidémiologiques et de prise en charge clinique.

Mises en quarantaine, virus transmis par la chauve-souris, pas de traitement ni de vaccin (encore) disponible… à ces évocations, difficile de ne pas songer à la pandémie de Covid-19 qui a tant marqué les esprits. Pour autant, le risque de pandémie s’applique-t-il à l’émergence du virus Nipah en Inde ?

Le virus Nipah : de quoi s’agit-il ?

Le virus Nipah est zoonotique, c’est-à-dire qu’il se transmet de l’animal à l’homme. Le réservoir établi du virus Nipah est constitué par des chauves-souris géantes frugivores du genre Pteropus (« renards volants »), des espèces qui ne circulent pas sur le continent européen. Ces chauves-souris, ainsi que les porcs, en sont les principaux vecteurs. L’OMS indique qu’il peut également être transmis par l’intermédiaire de nourriture contaminée ou entre les personnes.

Dans les premiers temps, le virus provoque de la fièvre, ainsi que des migraines, des douleurs musculaires, des maux de gorge ou des vomissements. «Il peut ensuite apparaître des vertiges, de la somnolence, une altération de l’état de conscience et des signes neurologiques évocateurs d’une encéphalite aiguë, note l’OMS. Certains sujets peuvent aussi présenter une pneumonie atypique et des problèmes respiratoires sévères, y compris une insuffisance respiratoire aiguë.» Interrogée par Le Figaro, Marie-Anne Rameix-Welti, responsable du Centre national de référence des infections respiratoires à l’Institut Pasteur, complète : «Ce virus peut occasionner de très sévères infections chez les humains, comme c’est souvent le cas lors d’introduction de virus animaux chez l’homme. Ces derniers sont très pathogènes car mal adaptés. Ils déclenchent des réponses extrêmes.»

La période d’incubation varie de quatre à 14 jours, parfois beaucoup plus, jusqu’à 45 jours dans certains cas.

Moins transmissible que le SARS-CoV-2

S’il peut occasionner de sévères infections, parfois létales, peut-on craindre une propagation du virus à d’autres pays, voire, une pandémie ? Pour l’heure, cette hypothèse est peu probable selon les experts. Tout d’abord parce que «la contamination interhumaine de ce virus est peu efficace», souligne Marie-Anne Rameix-Welti. Ainsi, contrairement au SARS-CoV-2 (virus responsable de la maladie Covid-19) qui est très contagieux et pouvant se transmettre par voie aérienne (postillons, salive), le virus Nipah nécessite des contacts rapprochés et prolongés pour se propager d’homme à homme. En Inde, les cinq cas répertoriés sont d’ailleurs toutes des personnes appartenant au corps médical, travaillant au sein du même hôpital, ayant été au contact de malades.PASSER LA PUBLICITÉ

En outre, les personnes infectées au SARS-CoV-2 sont susceptibles de le transmettre même en étant asymptomatiques. Le virus Nipah occasionne des symptômes, ce qui le rend plus facilement détectable.

Des foyers localisés et rapidement identifiables

C’est la raison pour laquelle le virus reste jusqu’à présent «contrôlable», comme le rappelle au Figaro Santé Publique France : «Des cas humains sont observés chaque année dans le sous-continent indien depuis la première identification du virus, sous la forme de petits clusters, ou d’épidémies d’ampleur modérée.» Sa première apparition en Malaisie date de 1999.

La quarantaine mise en place en Inde est «plutôt rassurante, remarque Marie-Anne Rameix-Welti. Cela signifie que les cas contacts et les gens à risque ont été identifiés, et qu’ils essayent de limiter la diffusion.» Des investigations sont d’ailleurs toujours en cours pour déterminer les circonstances précises des nouvelles contaminations. Rien d’alarmant, selon Marie-Anne Rameix-Welti. «Ce n’est pas parce que l’on surveille ce virus que c’est une situation d’alerte. Pour l’instant, il n’y a pas de raison que cela dépasse le cadre du petit foyer.»La rédaction vous conseille

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