ONE HEALTH et l’ecologie

Plus de 1000 chercheurs , 15 pays représentés au plus haut niveau, une vingtaine de représentants de gouvernements, cinq chefs d’état : Ghana, Botswana, Cambodge, Mongolie, et France réunis à Lyon, à l’occasion de la journée mondiale de la santé  et à l’initiative d’Emmanuel Macron : « Penser ensemble la préservation de la santé et la protection de la nature« , fût son mot d’ordre et il en profita bien sûr pour réaffirmer sa confiance dans le multilatéralisme, son soutien à l’OMS que les Etats-Unis viennent d’abandonner : « La France se tiendra aux côtés de l’Organisation mondiale de la santé, aux côtés de l’ensemble des organisations internationales présentes pour défendre un multilatéralisme efficace, une vision exigeante reposant sur la science des décisions collectives que nous avons à prendre » a-t-il précisé.

Le 9° One Planet Summit consacré à One Health « une seule santé » a été traité médiatiquement comme un évènement. Or il s’agit d’une réorientation de notre manière de considérer notre santé qui s’inscrit dans le long terme et signe un combat , au moment où les acteurs économiques relativisent la connexion entre santé et écologie. L’approche OH (one health) représente « un changement fondamental contre les menaces sanitaires complexes du 21° siècle ».

Comme les neuf autres sommets du genre, One Health vise à mettre un coup d’accélérateur aux actions déjà lancées, à créer les conditions de nouveaux engagements, à signer de nouveaux accords de recherches et à trouver des moyens financiers auprès d’un panel d’industriels et de philanthropes. D’ici la fin de l’année 2026 devrait être publiée une stratégie nationale pour un environnement favorable aux santés, interministérielle et tournée vers l’anticipation des risques.

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Déjà en 1980,  dans le cadre de la 2° campagne présidentielle des écologistes, les rédacteurs du programme « le pouvoir de vivre » parlent de cette confusion opérée dans les sociétés développées entre l’idée de santé et l’idée de consommation de soins médicaux alors que l’écologie constitue en soi « un programme santé ». 

En avril 2026, nous sommes bien loin de la radicalité d’un tel programme qui s’énonce sur dix pages, mais en 50 ans une chose semble avoir changé et l’on doit s’en réjouir : pour la première fois à échelle internationale la santé se décline entre maladies transmissibles, émergentes (75% sont d’origines animales) et maladies chroniques, souvent liées à une mauvaise gestion de notre équilibre sanitaire, des éléments qui doivent être pris en charge collectivement et d’autres qui relèvent du soin de notre corps

L ’approche OH liste les points de rupture qui nous menacent comme la résistance aux antibiotiques, et veut redéfinir les politiques publiques basées sur les sciences, en brisant les cloisonnements traditionnels. Ce cadre garantit « que la santé des humains, des animaux, des plantes et de l’environnement est abordée comme une entité unique et indivisible ».

Que retenir du 9° One Planet Summit ? 

La première journée fût consacrée aux recherches scientifiques et la seconde aux engagements liés à la gouvernance. 

Savoir qu’animaux, humains, environnement partagent une même santé, on l’a vu n’est pas nouveau pour les écologistes mais ce discours est très peu entendu . La Covid 19 a servi de leçon. Il a fallu construire des comités ad hoc réunissant vétérinaires, médecins, soignants, écologues pour qu’ils apprennent à se parler et à comprendre que de la déforestation aux chauve-souris, en passant par les transports,  la planète entière pouvait être touchée par un mal meurtrier , que la vie appartient à un cycle très complexe, trop souvent approché de manière réductrice.

« One health n’est pas un concept mais une action opérationnelle » ont inlassablement répeté les chercheurs. « nous devons conduire des actions destinées à renforcer la capacité des systèmes de santé à faire face aux crises sanitaires » Ils réclament plus de moyens car le process est lourd : comprendre le risque, construire la réaction, son volet de surveillance et tenter de prévenir ; cela réclame patience et persévérance

Si les choses avancent, elles sont loin d’être abouties. L’interdisciplinarité nécessaire à l’approche OH balbutie, même si des progrès manifestes sont à noter. 

A l’IRD, la lutte contre les maladies à transmission vecterielle ou virale (COVID, dengue, zika, chikungunya, fièvres tropicales ) s’est intensifiée grâce au programme UMR- MIVEGEC. Au CIRAD, PREZODE (PREventing ZOonotic Disease Emergence) poursuit les expériences internationales de prévention et de suivi des virus d’origine animale afin de ne plus se retrouver trop tard face à Ebola ou à la grippe AH1N1 comme ce fût le cas . L’INRAE prouve que l’agroécologie est une solution à la santé des sols et des Hommes

Les virus se promènent. Le réchauffement climatique et les transports ne les relèguent plus entre équateur et tropiques. Une collaboration internationale est nécessaire et se dessine. L’environnement, trop longtemps oublié, commence à tenir sa place. Plusieurs fois les chercheurs ont identifié la source des maladies : la chimie ,les métaux, les pollutions. Ils ont alerté sur le cadnium  ou le plomb  qui tue encore un million de personnes par an (sources IRD, OMS). Souvent ils restent impuissants à contrer le danger et regrettent qu’on aborde une nouvelle recherche sans avoir trouvé de solution à la précédente, faute de moyens ou de courage des gouvernants .

Les maladies « à bas bruit » cancers, diabète, cardiologie, obésité…tuent sans qu’on y prenne garde. L’apport des sciences humaines et de la psychologie sociale est encore trop faible. La situation entretient l’éco anxiété d’une jeunesse, de plus en plus informée mais ne sait comment s’y prendre, entre pouvoir d’achat restreint et choix de malbouffe ou d’aliments ultra traités .

Dans le journal Libération, pour un collectif d’ONG et de personnalités, « cette ambition louable se heurte à une réalité alarmante : en France comme en Europe, l’action publique contredit frontalement ces objectifs » « Des coalitions entre la droite et l’extrême droite affaiblissent nos normes sanitaires et environnementales« , dénonce leur tribune. « Ces dernières années ont été marquées par des scandales sanitaires, le blocage de mesures favorisant une alimentation plus saine et des reculs environnementaux révélant les failles d’un État qui néglige son rôle de protecteur« , 

Des décisions qui prennent leur sens dans le partage international

Si beaucoup de ces questions sont connues (sans pour autant être traitées) dans les pays développés, reconnaissons que One Health fait un travail très important en direction du sud car c’est encore là qu’on meurt du paludisme, de la peste, d’Ebola, du VIH, et que l’on utilise trop les antibiotiques , notamment dans l’alimentation animale.

Des moyens durables, une bonne formation des scientifiques et une information solide sont nécessaires Comme au nord , des lobbies puissants empêchent la prise en compte des données médicales et la lutte contre leurs agents responsables que sont les pollutions atmosphériques, les engrais, les pesticides, les élevages industriels… Les scientifiques avouent n’être pas très bons pour faire du lobbying. Plusieurs fois, les chercheurs ont souligné la richesse des données. Pour beaucoup il y en a assez, la réflexion doit s’achèver, il est temps de passer à l’action. Malheureusement il  leur est demandé encore et toujours des données ….

En dehors d’une ligne directrice un peu vague, le sommet a accouché d’ une moisson de 47 propositions scientifiques à destination des décideurs ; des propositions générales pour une intégration transversale. Elles sont  devenues pour certains des engagements

–       Renforcer sciences et décisions politiques 

–       Faire circuler davantage les données existantes

–       Renforcer la connexion de ces données en connaissances actionnables

–       Promouvoir l’interopérabilité entre les systèmes

–       Travailler sur des vocabulaires interopérables (sociologie, linguistique)

–       Développer des initiatives pilotes et des indicateurs transversaux

–  Comprendre les challenges sociétaux (territoires différents, inégalités sociales, aides à la décision, prévention, vaccination,

–   Création d’un observatoire mondial (INSERM) « One Brain Health « dédié aux conséquences des transitions environnementales et sociales sur la santé cérébrale.

–       Création d’un observatoire mondial des microbiomes (l’INRAE) vise à mieux comprendre le rôle des communautés de micro-organismes dans la santé et l’équilibre des écosystèmes.

–       Renforcement de PREZODE (adopté en 2021)

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Propositions spécifiques urgentes :

–       Promouvoir les systèmes agrobiologiques et préserver les ressources locales.

–  Le bien manger pour tous doit devenir un sujet régalien. Aborder la pollution alimentaire par une approche exposomique. Informer, réguler, lutter contre l’ultra transformé

–      Signature d’un pacte  international pour préserver l’efficacité des antibiotiques. La résistance s’est installée et selon l’OMS, l’antibiorésistance (ARM) est une menace silencieuse pour 50M de personnes d’ici 2050 . 

La stratégie mondiale se déplace désormais hors hôpitaux, réclame plus de précision territoriale notamment dans l’usage vétérinaire des antibiotiques et de la nourriture animale. Il convient de lutter contre la structuration des marchés informels de médicaments 

–       inscrire durablement les enjeux de santé dans les négociations climatiques, les contributions nationales et les plans d’adaptation des États (plan d’action de Belem)

–       Sensibiliser à la biodiversité : la santé humaine passe par celle du vivant, des écosystèmes C’est un voeux majeur, mais n’est ce pas un vœu pieux ? 

On perd actuellement un nombre incalculable d’espèces qui pourraient nous être utiles , le socle de la biodiversité qui est celui de notre résilience ?

Dominique Martin Ferrari

 <br />Télécharger les engagements de Lyon pour la santé du vivant et de la planète <br />
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47811-engagements-lyon-planete

Lire Déclaration politique conjointe sur la réforme de l’architecture mondiale de la santé<br /><br />
https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2026/04/07/declaration-politique-conjointe-sur-la-reforme-de-larchitecture-mondiale-de-la-sante

En savoir plus sur One Health cities Alliance<br /><br />
https://www.who.int/news/item/06-04-2026-cities-unite-to-put-one-health-into-action

Ecouter :

Marisa PEYRE chercheuse ci fondatrice de PREZODE

Marie MASSAR , alimentation durable Montpellier