Les États-Unis font tourner la machine pétrolière vénézuélienne. Mais où est l’argent?

Marie Lombard 26/07/2026, 19:20 Géopolitique

Plus de 7 mois après la capture par les États-Unis de Nicolás Maduro, l’argent du pétrole vénézuélien, versés sur des comptes contrôlés par les États-Unis, n’a pas été injecté dans l’économie chaviste. Un retard qui questionne, à Caracas comme à Washington.

Où vont les pétrodollars du Venezuela ? C’était l’une des promesses de l’administration Trump après la capture de Nicolás Maduro, le président du régime chaviste, le 3 janvier dernier : suspendre une partie des sanctions américaines sur le pétrole vénézuélien, et administrer les infrastructures pétrolières du pays pour en faire une manne financière et permettre une reprise économique — les recettes pétrolières représentent environ un quart du PIB du Venezuela (OPEP). Toutes les entrées d’argent seraient d’abord versées sur des comptes contrôlés par les États-Unis puis reversé à Caracas.

Mais les chiffres résistent. Au premier semestre 2026, le taux de croissance officiel s’est établi à 2,5 %, soit le chiffre le plus faible depuis cinq ans, selon Francisco Rodríguez, économiste vénézuélien au Center for Economic and Policy Research de Washington (EFE), interrogé par le Financial Times (FT). Le FMI table, lui, sur une croissance de 4 % sur toute l’année. Dans l’ensemble, les économistes estiment que les signes d’une reprise économique au Venezuela restent relativement limités, ce qui pourrait indiquer que Washington n’a pas reversé à Caracas l’intégralité des recettes…

13 milliards de dollars dans la nature

Ainsi, Francisco Rodríguez estime que « le Venezuela n’a probablement pas connu une croissance plus rapide malgré l’augmentation de ses recettes pétrolières au premier trimestre parce que les États-Unis n’ont pas transféré au gouvernement vénézuélien l’intégralité de l’augmentation de ces recettes ». De combien parle-t-on exactement ? Pour le savoir, le FT s’est appuyé sur les données de flux d’exportations de pétrole brut compilées par Kpler, une société spécialisée dans l’analyse du commerce maritime et des chaînes d’approvisionnement énergétiques.

Selon ses calculs, les cargaisons vénézuéliennes depuis début 2026 ont dû rapporter 13 milliards de dollars. Pourtant, une unique opération est visible sur le site internet destiné à suivre les recettes des ventes de pétrole administrées par les États-Unis : un transfert de 300 millions de dollars effectué en mars. On est loin du compte. Le décret présidentiel américain publié en janvier après la capture de Nicolás Maduro précisait que les recettes du pétrole vénézuélien resteraient la propriété de Caracas et seraient conservées sur des comptes du gouvernement américain « à titre fiduciaire et dans l’exercice de fonctions gouvernementales ». 

Depuis, l’administration Trump multiplie les déclarations sur les usages possibles de ces fonds. Le département américain de l’Énergie a ainsi indiqué que ces fonds « seraient distribués au bénéfice du peuple américain et du peuple vénézuélien »(GovInfo). En juin, Trump a affirmé selon le FT que les États-Unis avaient récupéré « vingt-huit fois » le coût de l’opération militaire au Venezuela grâce au pétrole, et a ajouté que le pays était « en train de gagner beaucoup d’argent, lui aussi ».

En avril, Michael Kozak, haut responsable du département d’État américain, a déclaré qu’environ 3 milliards de dollars issus des recettes pétrolières avaient déjà été reversés au Venezuela (FT). Il a précisé que les comptes concernés faisaient l’objet d’un audit confié au cabinet KPMG et a assuré que l’administration publierait des rapports trimestriels sur l’utilisation de ces fonds. Selon les élus démocrates de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, aucun de ces rapports n’avait toutefois été communiqué plusieurs mois plus tard.

Le Congrès « tenu dans l’ignorance »

Les sourcils se lèvent au Congrès américain. « Depuis le tout début, l’invasion du Venezuela par Trump a été motivée par le pétrole, le pouvoir et les pratiques de corruption. Des milliards de dollars de recettes pétrolières vénézuéliennes sont contrôlés par l’administration Trump sans transparence ni garanties », a déclaré au FTJoaquin Castro, élu démocrate au Congrès, ajoutant que le Congrès était « tenu dans l’ignorance ».

La question de la destination des recettes pétrolières du Venezuela est devenue encore plus urgente après les deux séismes dévastateurs du 24 juin. Selon les Nations unies, le coût des dommages causés aux bâtiments et aux infrastructures à lui seul s’élèvera à 37 milliards de dollars (UNDRR). María Elvira Salazar, représentante républicaine du sud de la Floride, a demandé que les rapports concernant ces fonds soient rendus publics.

Benjamin Gedan, ancien haut responsable de la Maison-Blanche chargé de l’Amérique latine sous l’administration Obama, estime que les démocrates pourraient ouvrir une enquête sur ces fonds pétroliers s’ils remportent le contrôle d’une ou des deux chambres du Congrès en novembre. « Cela pourrait devenir une cible particulièrement intéressante », a-t-il déclaré. Et de reprendre : « On peut imaginer une multitude d’assignations à comparaître et de demandes de témoignages concernant la répartition de l’argent du pétrole vénézuélien. » Le Venezuela s’invitera sûrement dans les débats préalables aux midterms de novembre.

GEO