Synthèse GIEC (encore) analyse de l’Usine à GES sur les non dits du rapport

Séance de travail au Giec

La rédaction du résumé pour décideurs est une coproduction entre les climatologues et les représentants des 195 Etats membres du Giec.

Conjointement rédigé par les scientifiques et les représentants des 195 Etats membres, le Résumé pour décideurs de la synthèse du 6e rapport du Giec doit parfois être lu entre les lignes.

Qu’on se le dise. Les auteurs des rapports du Giec ne sont pas des prescripteurs. Leur rôle est de synthétiser, tous les 5 à 6 ans, la littérature scientifique mondiale sur des sujets aussi variés que la chimie de l’atmosphère, l’océanographie, les conséquences sanitaires des vagues de chaleur ou les performances énergétiques des aspirateurs à CO2.

S’ils doivent lister les techniques d’adaptation et les technologies d’atténuation, ils ne doivent, en aucun cas, mettre en exergue une source d’énergie par rapport à une autre ni une façon de se prémunir du risque de submersion marine. « De par sa nature scientifique et intergouvernementale, le Giec est en mesure d’offrir des ressources uniques aux décideurs en matière d’information scientifique rigoureuse et équilibrée. En souscrivant aux rapports du Giec, les gouvernements reconnaissent la légitimité de leur contenu scientifique. Les travaux de l’organisation se veulent, par conséquent, utiles pour la prise de décision, mais sans intention de dicter l’action à engager », indique l’un des textes fondateurs du groupement intergouvernemental.

Message subliminal

Cela n’interdit pas de faire passer des messages. Fut-ce de façon subliminale. S’il est un problème qui monte, c’est bien celui de l’adaptation, thématique longtemps taboue tant il fallait se concentrer sur l’atténuation. Il n’y a pas si longtemps des responsables politiques français rappelaient que « s’intéresser à l’adaptation était considéré comme renoncer à réduire les émissions. » Inaudible.

Bien sûr, la synthèse du 6e rapport d’évaluation ne fustigera pas l’absence de politiques sérieuses d’adaptation. Non. Elle dira, en revanche, que l’on ne mobilise pas assez de fonds (surtout privés) sur ce sujet, que les engagements en la matière sont faibles, que la recherche est quasi inexistante.

Quid du nucléaire ?

Autre sujet « chaud » s’il en est : l’énergie. Dans sa synthèse diffusée ce lundi 20 mars, l’institution basée à Genève n’exclue aucun moyen pour décarboner rapidement et économiquement nos économies : solaire, éolien, électrification des usages urbains (mobilité), efficacité énergétique, chasse aux fuites de méthane, gestion de la demande, afforestation, amélioration des pratiques agricoles et réduction du gaspillage alimentaire. Non, l’énergie nucléaire n’est pas citée. C’est tout juste si elle figure dans une discrète ligne d’un tableau, dont on retiendra que l’éolien et le photovoltaïque ont un potentiel de décarbonation dix fois supérieur à celui de l’atome.

Investir plus

La finance a longtemps été le ventre mou des rapports du Giec. Les économistes qui ont participé à la rédaction de la synthèse ne prétendent pas hiérarchiser les meilleures taxonomies ni les véhicules financiers pro climat les plus performants. En revanche, ils rappellent que selon les options de décarbonation que nous choisirons, il faudra investir de trois à six fois qu’aujourd’hui (et dans la durée !) si l’on veut avoir une chance d’atteindre les buts que nous nous fixons. Une phrase explique aussi que la fin des subventions à la consommation de produits pétroliers pourrait contribuer à réduire nos émissions carbonées. Tout comme l’utilisation pour l’atténuation des recettes issues de la tarification des émissions.

La gouvernance du climat

Tout aussi sensible : la gouvernance politique du climat. La synthèse des synthèses fait l’impasse sur les systèmes politiques les plus performants pour faire reculer le réchauffement. Le sujet est pourtant évoqué en toutes lettres dans le rapport du groupe 3.

A l’en croire, le meilleur système politique pour le climat serait une démocratie, dont les gouvernants seraient élus au scrutin proportionnel. Ce qui réserverait quelques strapontins aux écologistes. Une démocratie où la participation du public serait large. Une démocratie où l’expression des groupes de pression économique serait encadrée. Etonnamment, le résumé pour les décideurs de la synthèse des synthèses n’en souffle mot.

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