DISPARITION D’EDGAR MORIN, RÉACTION DE MICHAËL DELAFOSSE, MAIRE DE MONTPELLIER
« C’est avec une infinie tristesse que j’apprends la disparition d’Edgar Morin. Pendant quelques années, il avait choisi Montpellier pour y vivre avec Sabah, son épouse, à qui je pense tout particulièrement en ces moments d’infinie tristesse. Edgar Morin était alors devenu, pour les habitants du quartier de la Canourgue, une figure familière, une présence souriante et amicale.
Homme-siècle, Edgar Morin a traversé les ombres et les lumières du XXe siècle avec une lucidité rarement prise en défaut. Ses premiers engagements d’homme libre furent au moment de la Guerre d’Espagne, alors qu’il avait quinze ans. Puis vint la montée de la nuit, la Résistance, l’engagement politique et, surtout, l’amitié. Duras, Jean Rouch, Barthes, Lefort, Castoriadis, Debray. Ils furent nombreux à partager un temps ses combats, à croiser une trajectoire intellectuelle unique.
Soucieux de mettre toutes les disciplines du savoir humain en dialogue, Edgar Morin était l’homme de la Méthode et de la pensée complexe. Il était aussi l’observateur génial des évolutions de nos sociétés, infiniment curieux de ce qui advenait. Étudiée et célébrée dans le monde entier, sa pensée a inspiré plusieurs générations d’intellectuels en sciences sociales et nourri la réflexion d’innombrables collectifs et mouvements citoyens en France et à l’étranger.
Militant d’une insurrection des consciences, il observait ces dernières années avec inquiétude l’apparition de nouvelles fractures, la montée des haines anciennes, du rejet de l’autre, de la xénophobie et de l’antisémitisme. Mais son regard restait résolument tourné vers l’avenir et demain, le progrès, les joies de l’art et de la culture : Edgar Morin était un grand humaniste. Face « aux mensonges, aux illusions et aux hystéries collectives », aux replis identitaires, aux radicalismes exaltés, aux altérations et dégradations environnementales que subit la Terre et qui menacent nos conditions d’existence, Edgar Morin invitait à créer des « oasis de fraternité ». Cet horizon qu’il dessinait à travers eux doit impérativement nous inspirer. Son exemple et sa pensée nous obligent.
Je garderai en mémoire tant de moments, les discussions que nous eûmes à différentes reprises et d’abord, l’hommage que la Ville de Montpellier lui rendit à l’Opéra Comédie à l’occasion de ses cent ans en compagnie de son ami Paco Ibáñez. Je sais aussi que beaucoup d’enfants et d’adolescents du quartier de la Mosson se souviendront toute leur vie du 9 octobre 2022, lorsque Edgar Morin était venu leur rendre visite, les écouter et discuter avec eux, à l’invitation de Nourdine Bara. Cette générosité, cette inlassable curiosité, cette attention à l’autre dans toute son infinie diversité, faisait d’Edgar Morin un homme et un penseur extraordinaire, un grand vivant.
Sa voix, sa présence vont terriblement nous manquer. Restent ses livres, innombrables, ses films aussi.
J’adresse, au nom de toutes les Montpelliéraines et tous les Montpelliérains, de ceux qui furent ses amis, mes pensées les plus solidaires et mes condoléances à Sabah, à ses filles et à ses proches. La Ville de Montpellier lui rendra prochainement hommage ».
Michaël DELAFOSSE,
Maire de Montpellier,
Président de Montpellier Méditerranée Métropole.
