Notre hommage à Edgar
UN trés beau texte a été écrit et envoyé au bureau de l’AJE (association des journalistes environnement) par Valery Laramée sur l’œuvre transdisciplinaire d’Edgar Morin et le rappel de ce que lui doit la pensée écologiste. Retenons comme le dit Valery que « son chemin vert débute, non pas en Sorbonne, à Saclay ou à Jussieu, mais en Californie. » et rappelons aussi l’implacable constat de Morin « Depuis Descartes, nous pensons contre nature, assurés que notre mission est de la dominer, la maîtriser, la conquérir ».
Nous avons, Yves Leers et moi-même voulu dans cet humble hommage compléter ce premier récit par l’approche de l’homme celui qu’il nous révèle « c’est dans mes journeaux que je suis pleinement moi-même, écrit il dans la préface d’un de ses journaux (1992/2010) dans mes continuités et discontinuités, dans mes hauts et mes bas, dans le petit quotidien et les grands problémes…Après tout il est normal que le meilleur soit méconnu parce qu’il n’obéit pas à la norme »
Hommage:
Il a fallu attendre qu’il s’envole pour que les hommages se déchaînent, ce centenaire qui n’a jamais été un de nos « immortels »
Les honneurs, ce n’était pas la tasse de thé de ce penseur de l’action qui va manquer à notre société qui perd ses repères. Philosophe, sociologue de la pensée qu’il faut « tisser », antifasciste, résistant, Edgar Morin était tout ça, mais avant tout un humaniste.
Ceux qui auraient dû être ses disciples ne l’aimaient guère, ce Morin du siècle qui aurait eu 105 ans le 8 juillet 2026. Trop doué, trop indépendant. Il aurait dû s’appeler Edgar Monin (le Monin de Malraux dans l’Espoir) mais une erreur fait qu’il est devenu le lieutenant Morin dans la Résistance, à laquelle il devra son entrée au CNRS.
Qui était-il pour nous ? Un observateur intransigeant, un traceur d’idées d’avenir, un inventeur d’espoirs et de déconvenues à venir, un lanceur d’alerte lucide mais sans illusions.« Le probable n’est pas certain et souvent c’est l’inattendu qui advient », disait-il. Ses alertes, les avons-nous écoutées ? Nous les avons entendues et commentées mais qu’en avons-nous fait ? Nous nous sommes contentés de les rabâcher.
Yves poursuit dans sa description du lanceur d’alerte du siècle:
A mes yeux, Edgar Morin est indissociable d’un autre lanceur d’alerte, le généticien Albert Jacquard, moins médiatique mais encore plus engagé comme ce jour de 2001 où il avait proclamé que « le nucléaire est le suicide de l’humanité ».
Sur son cercueil pas de couronnes. Etait posé son vieux chapeau. Chez lui, Mai 68 avait laissé des traces. Du pouvoir, il n’en a jamais voulu, il ne dirigeait pas, il orientait. il a osé les réticences à l’égard de la science moléculaire, génétique, nucléaire…la science qui découpe et classe.
Epris de culture populaire : danses, chansons, jazz, musiques brésiliennes et andines, folklores… C’est un infatigable chercheur, voyageur , vivant d’intensités et d’amitiés, aimant les rencontres, les paysages, les singularités, les discussions…Dans son journal, foin de l’intellectualisme. Refusant de se « statufier dans des positions nobles » il dit les moments quotidiens de l’existence, sa fragilité, son amour d’Edwige, et son étonnement de tomber à nouveau en amour : » Deux ans après son décés , ma vie a complétement changé. Sans que rien ne soit effacé d’un amour inoublié, un nouvel amour, autre, est né, et m’a donné un nouveau printemps »
Peu de commentateurs ont souligné ce qu’Edgar dit devoir aux femmes de sa vie.
Il adopte l’idée de métamorphose, plus riche que l’idée de révolution. Elle en garde la radicalité transformatrice, en dégageant de nouvelles régulations, « La Métamorphose serait bel et bien une nouvelle origine »et « tout a commencé sans qu’on le sache encore »
Un tantinet mondain il fête ses 100 ans à l’Opéra de Montpellier, comme il partageait un verre dans la verdure de la place de la Canourgue, traversé d’un perpétuel optimisme, dans « l’attente de l’inattendu…surgi des vertus de la crise ».
A l’annonce de son décés, se déchaina une folie de selfies. Révélation d’une admiration, d’une proximité ? Celle d’« un camarade, celui avec lequel on demeure en conversation » comme le décrit la psychanalyste Cynthia Fleury. ou comme l’analyse la philosophe Julia de Funès « prétexte d’une valorisation personnelle ?»
En tout cas une mort au seuil d’un bouleversement culturel et civilisationnel
Yves leers, Dominique Martin Ferrari
