LES SCIENTIFIQUES APPELLENT À LA PROTECTION URGENTE DES EAUX PROFONDES DANS UN CONTEXTE DE CRISE CLIMATIQUE MONDIALE

Jeudi 3.11.2022

À quelques jours de la COP27 de la CCNUCC en Égypte, un nouveau rapport scientifique souligne le rôle important de l’océan profond dans l’atténuation du changement climatique et alerte quant aux graves menaces qui pèsent sur les eaux profondes en raison des activités humaines, parmi lesquelles l’extraction pétrolière et gazière, le chalutage et l’exploitation minière émergente dans les eaux profondes. « Intact : Le rôle vital de l’océan profond pour nous protéger de la crise », publié ce jour et cosigné par des scientifiques de premier plan, met en évidence le rôle crucial de l’océan profond sur notre planète.

Des scientifiques de l’Initiative Benioff pour l’océan, de l’Institution d’océanographie Scripps et du Programme international sur l’état de l’océan IPSO examinent les menaces qui pèsent sur la santé de l’océan profond dans ce nouvel article et alertent quant à l’urgence de réduire ces menaces majeures — au risque sinon d’enrayer les services écosystémiques vitaux que nous rend l’océan profond.

Lisa Levin, professeure émérite au sein de l’Institution d’océanographie Scripps et membre de l’équipe ayant préparé le rapport, déclare : « La volonté mondiale de réduire les émissions et de renforcer le stockage et l’atténuation du carbone crée une conjoncture favorable pour souligner la contribution climatique de l’océan profond et la nécessité de le protéger. » Elle ajoute : « Tout dommage causé par les activités humaines aux eaux profondes interagirait avec les impacts du changement climatique et les aggraverait, affaiblissant toujours plus la résilience des créatures et des écosystèmes des eaux profondes. »

Les conclusions du rapport arrivent à un moment charnière pour l’océan et le climat, quelques jours à peine avant l’ouverture en Égypte de la conférence mondiale de l’ONU sur le climat, la COP27, et en amont de la conférence de l’ONU sur la biodiversité, la COP15, qui doit se tenir dans quelques semaines à Montréal. Parallèlement, des représentants des États se retrouvent en Jamaïque ces deux prochaines semaines pour une réunion de l’Autorité internationale des fonds marins afin de négocier les règles et réglementations qui, si elles sont approuvées et adoptées, pourraient ouvrir l’océan profond à l’exploitation minière commerciale des grands fonds marins dès juillet 2023.

Diva Amon, exploratrice de National Geographic et biologiste des eaux profondes au sein de l’Initiative Benioff pour l’océan, alerte contre les dangers de cette industrie extractive émergente : « Si elle est autorisée, l’exploitation minière des eaux profondes conduirait inévitablement à une perte de la biodiversité et à l’extinction d’espèces à une échelle géographique et temporelle considérable. » Plus de 650 scientifiques et experts politiques du monde entier unissent leurs voix pour demander une interruption de cette industrie dans le monde entier face aux risques qu’elle fait courir à la nature et au climat, y compris en ce qui concerne le cycle du carbone et son stockage dans les eaux profondes.

Mirella von Lindenfels du programme IPSO explique : « Nous devons retrouver l’équilibre avec la nature bleue et protéger l’océan profond. Il est notre meilleur allié contre le changement climatique. C’est pourquoi il est important de le protéger au plus vite contre toute forme de menace et d’exploitation. »

Le rapport demande instamment aux autres parties intéressées par le sujet de se saisir de cette occasion unique qu’offrent les négociations internationales en cours, et notamment celles sur les accords de la CCNUCC relatifs au climat et celles sur le traité relatif à la haute mer. Diva Amon ajoute : « La convergence de ces processus offre à la communauté internationale une occasion unique de collaborer, de tracer les limites et de prendre des mesures concrètes pour protéger un de nos meilleurs alliés dans la crise climatique. Grâce à une gouvernance intégrée, holistique, fondée sur la science et sur des données factuelles, nous pouvons protéger cet espace essentiel et encore relativement intact de la planète. »FIN

Notes aux responsables de publications

Les principales recommandations du rapport sont les suivantes :

  • Cesser toutes les activités humaines qui perturbent les grands fonds marins, entraînent une perte de la biodiversité et risquent de perturber des services écosystémiques irremplaçables, comme l’extraction gazière et minière, le chalutage de fond ou l’exploitation minière dans les eaux profondes.
  • Favoriser des recherches solides sur les eaux profondes, indépendantes des intérêts de l’industrie extractive.
  • Établir et élargir des aires marines protégées efficaces pour le climat, conçues pour améliorer la résilience climatique.
  • Introduire des politiques et stratégies qui soutiennent la protection des services écosystémiques d’eau profonde, et adopter des approches de précaution pour éviter la perte irréversible de ces services. 
  • Développer des interventions et des stratégies climatiques fondées sur le climat et éviter des dégâts importants ou irréversibles dans les eaux profondes.
  • Gérer la pêche en tenant compte du climat (et inversement), en faisant attention au rôle des poissons dans le stockage du carbone et en gérant les stocks de façon à intégrer les changements d’origine climatique.
  • Adopter, mettre en œuvre et améliorer les règles et accords internationaux qui traitent conjointement de la biodiversité et du changement climatique, dont les accords de la CCNUCC sur le climat, les négociations du traité sur la haute mer et les évaluations d’impact de la pêche en eau profonde par les organisations régionales de gestion de la pêche.

L‘avancée vers un moratoire se confirme

11/11/2022

Des députés français de tous bords et des associations avaient demandé fin octobre que la France traduise cette volonté en s’engageant en faveur d’un moratoire de dix ans au moins sur l’exploitation minière des fonds marins.  Aprés le déclaration d’Emmanuel Macron lors d ela COP 27 de se désengager de l’exploitation des fonds marins, l’élu écologiste Nicolas Thierry a déposé à l’Assemblée nationale une résolution en ce sens cosignée par 168 députés. Ils demandent un tel moratoire au sein de l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) qui se réunit jusqu’au 11 novembre en Jamaïque.  « La France, en tant que deuxième puissance maritime au monde, va plus loin qu’un moratoire ou qu’une pause de précaution », a explicité auprès de l’AFP le secrétaire d’Etat à la mer, Hervé Berville.  « La France ne cédera pas aux pays qui veulent adopter un code minier le plus vite possible, quand bien même avec certaines garanties environnementales », a-t-il assuré alors que le sujet est débattu au Conseil de l’AIFM.  Fin 2021, le président Macron avait annoncé un plan de deux milliards d’euros, sur cinq ans, dans le cadre du programme « France 2030 », consacré à l’exploration des fonds sous-marins, notamment pour l’accès aux métaux rares, très convoités à l’heure de la transition énergétique.  « Maintenant notre stratégie est basée uniquement sur l’exploration scientifique, avec l’Ifremer et le CNRS, pour mieux connaître nos océans et mieux les protéger », a ajouté M. Berville.  « Greenpeace France salue cette annonce, qui vient renforcer la position de la France » après les déclarations de juin, a réagi l’ONG (…)  Dans son discours, le président Macron a aussi promis un « programme de préservation positive » pour protéger les « écosystèmes critiques — les forêts anciennes, les tourbières, les mangroves ou les zones humides ».  « Nous devons donc urgemment reconnaître à ces écosystèmes un statut particulier et proposer aux États qui les abritent des contrats politiques et financiers pour les aider à les préserver », a-t-il dit, précisant que le Gabon, la Colombie et les Philippines avaient « adhéré » à cette démarche lors d’une rencontre lundi 7 nov 2022 à la COP27.  « Nous nous retrouverons à Libreville début 2023 pour adopter des plans d’actions très concrets lors d’un One Forest Summit » co-organisé avec son homologue gabonais Ali Bongo, a ajouté le président français.

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