SOMMET MONDIAL FINANCIER A PARIS

La France a organisé un grand sommet à Paris initié par Emmanuel Macron et la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, figure de l’action climatique, après leur rencontre lors de la dernière conférence internationale sur le climat en Egypte, à l’automne dernier.Il s’agissait d’ aider les pays pauvres à financer, notamment, leur transition climatique.

Les économistes estiment à au moins 1.000 milliards de dollars par an les sommes nécessaires pour la transition « verte » dans les pays du sud., soit cinq fois plus que l’aide publique au développement, qui comprend la lutte contre la pauvreté et la santé.

 « Des mesures concrètes »

« Il y a une colère qui monte », confirme le directeur général de l’Iddri, Sébastien Treyer, évoquant une coopération internationale « en risque de déraillement » entre Nord et Sud. « On a trouvé des solutions économiques inédites pour sauver la Grèce, on en trouve pour l’Ukraine, mais quand des pays d’Afrique comme le Ghana ou la Zambie, qui avaient en outre une trajectoire de décollage économique très intéressante, se trouvent dans un risque de dette massive, on leur demande d’attendre »,

Avant même l’ouverture du sommet , treize chefs d’Etat et de gouvernement dont Joe Biden, Ursula von der Leyen, Lula, Macky Sall et Emmanuel Macron ont tenu à envoyer un signal fort : dans une tribune au « Monde », ils s’engagent « à avancer sur des mesures concrètes » et assurent entre autres que « les objectifs collectifs de financement de l’action climatique doivent être atteints en 2023 » Mais n’oublions pas que les pays développés avaient promis de mobiliser 100 milliards par an dès 2020. Le déficit reste d’ampleur.

Mesures concrètes :

-Des progrès sont à noter sur la suspension des paiements de la dette lorsque les pays sont frappés par des catastrophes naturelles : nouvelles annonces de la Banque mondiale, et du Royaume-Uni.( Il s’agissait d’un élément clé du programme de Bridgetown )

-la Banque mondiale a lancé des clauses de dette résilientes au changement climatique, qui « accorderaient une pause dans le remboursement de la dette des pays les plus vulnérables en temps de crise ou de catastrophe ».

-La banque offrira également aux pays la possibilité de détourner les fonds prêtés par la Banque mondiale pour les besoins d’urgence pendant une crise, « par exemple pour redéployer les fonds non décaissés dans des projets d’infrastructure à plus long terme pour une réponse immédiate aux catastrophes ».

-La Zambie accepte une restructuration historique de sa dette de 6,3 milliards de dollars avec la Chine et le FMI…. L’accord de la Chine sur la restructuration est particulièrement important, car le pays est devenu le plus grand prêteur aux pays en développement et avait été réticent à faire des compromis sur le remboursement de la dette.

-Un nouvel accord de partenariat pour une transition énergétique juste (JETP) avec le Sénégal a été annoncé pour un total de 2,74 milliards de dollars pour aider le pays à atteindre un objectif de 40% de capacité d’énergie renouvelable installée d’ici 2030. L’accord est soutenu par la France, l’Allemagne, l’Union européenne, au Royaume-Uni et au Canada, et c’est le premier à se consacrer spécifiquement à la montée en puissance des énergies renouvelables, plutôt qu’à la réduction progressive de l’énergie au charbon.

-Progrès également sur le recyclage des droits de tirage spéciaux, mais l’approbation du Congrès américain empêche d’atteindre l’objectif de 100 milliards de dollars de DTS.

-une taxe carbone sur le transport maritime mondial est désormais soutenue par deux des trois plus grands armateurs (Grèce et Japon), deux des trois plus grands constructeurs navals (Corée et Japon) et deux des trois plus grands États du pavillon ( Libéria et Îles Marshall). L’OMI a deux réunions clés à venir : un groupe de travail intersessions sur les GES du 26 au 30 juin et une réunion pour adopter un accord final sur la stratégie révisée du 3 au 7 juillet.

Transformation structurelle

« Difficultés pour les pays à se réendetter, cadres institutionnels locaux souvent jugés très risqués par le secteur privé, portefeuilles de projets peu matures dans certains pays, mais aussi manque de transparence et de visibilité… Une foule d’obstacles reste à lever. Sans dire qu’il demeure bien plus cher d’investir dans les pays en développement. De nombreuses options sont sur la table qui seront discutées lors du sommet.(IDDRI) »

« Il va falloir dépenser plus… et mieux », insiste le directeur général de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), Benoît Leguet. Aujourd’hui, les banques de développement s’intéressent d’abord au financement de projets, dit-il, sans forcément avoir une vision d’ensemble sur la transformation structurelle qu’il va falloir faire dans les pays en développement au cours des prochaines décennies. Au vu de leurs feuilles de route ambitieuses, les industriels tricolores se sont peut-être enfin engagés sur la bonne voie. Sans doute parce que l’Etat, reconnaissant que de nombreux investissements à engager ne sont pas rentables, est désormais prêt à mettre la main au portefeuille. Il n’est pas sûr que les dirigeants mondiaux parviennent de sitôt à un consensus similaire envers les pays du Sud.

Au micro de France info, France 24 Macron s’engage sur les données de l’AFD. Une image vaut mille mots ? Dans la matinée de vendredi 23 juin, Emmanuel Macron était l’invité de franceinfo, RFI et France 24 depuis le palais Brongniart (Paris), où se tenait le sommet pour un nouveau pacte financier mondial. Au micro des journalistes Marc Fauvelle, Mounia Daoudi et Stéphane Ballong, l’actuel locataire de l’Élysée s’est penché, entre autres, sur le défi de la transition écologique. Pour appuyer ses propos, il n’a pas hésité à interrompre le représentant de France 24 alors que celui s’apprêtait à rendre l’antenne. “Je montre toujours des petits graphiques. C’est très intéressant quand on parle de climat et d’environnement. Pourriez-vous le donner à vos auditeurs ?”, a lancé l’époux de Brigitte en brandissant face caméra un graphique de l’AFD (Agence française de développement).

Ouh là !”, lui a lancé un de ses interlocuteurs, visiblement surpris par l’intervention. Avec enthousiasme, le prédécesseur de François Hollande a alors décortiqué ledit document pour en montrer tout l’intérêt : “Nous sommes les très développés, les plus riches et aussi ceux qui polluent le plus. L’enjeu, c’est de réussir à ce qu’entre les pays riches et les émergents, il y ait un accord. Si on arrive à ce que l’Inde, le Nigeria, la Chine puissent se développer sans polluer, on gagne la bataille de la planète à l’échelle internationale.

(D Martin Ferrari avec IDDRI, Les Echos, OCDE)

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